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A Marseille, le sursaut moral des socialistes arrive trop tard

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h25 sur RMC.

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Après la mise en examen de Jean-Noël Guérini, ce jeudi à Marseille, les socialistes exigent sa démission de la présidence du conseil général des Bouches-du-Rhône. Lui se met en congé du PS mais refuse d'abandonner son siège. Le sursaut moral des socialistes arrive trop tard...

Hélas oui ! Quand on voit la belle unanimité des socialistes aujourd’hui, tant de conviction et d’intransigeance dans la défense des principes, on ne peut que regretter que cette réaction vienne si tard. Depuis 24 heures, s’il y a un sujet qui rassemble les chefs du PS et les candidats aux primaires, c’est Jean-Noël Guérini. Avant cela, pendant des mois, on n’a vu que des mines empruntées, des justifications scabreuses et des appels faux-culs à la présomption d’innocence. Soit dit en passant, la présomption d’innocence de Guérini, elle n’a plus l’air de valoir très cher. Mais les socialistes ne veulent pas qu’on puisse penser qu’ils l’ont si longtemps protégé pour de basses raisons de solidarité politique. Eh bien, navré pour eux mais c’est raté : c’est bien cette impression qui restera. Fâcheuse.

Harlem Désir, 1er secrétaire du PS par intérim, a donc exigé hier que Guérini quitte la présidence du département. Il a proclamé : « C'est la fin du système Guérini. » Peut-on dire cela ?

Certainement pas – j’ai assez dit et écrit combien ces pratiques qui mêlent le pouvoir et l’affairisme déshonorent Marseille et la politique. Mais la formule d’Harlem Désir est troublante. S’il parle de la « fin » d’un « système », c’est qu’il sait qu’un tel système existe depuis longtemps. Or l’enquête judiciaire a commencé début 2009 et il y a à peu près deux ans que les premiers soupçons de malversations sont apparus publiquement. Puis il y a eu le fameux rapport Montebourg, qui décrivait, lui, les procédés de Guérini et de ses sbires à l’intérieur du PS local. A chaque fois, la direction du PS a fait semblant de ne pas voir – et c’est même Montebourg qui est passé pour un excité et un mauvais « camarade » !

Qu'est-ce qui peut se passer maintenant à Marseille ?

D’abord, une prise d’otage : celle du département par JN Guérini. Il a annoncé qu’il « déléguait » une partie de ses pouvoirs à son 1er vice-président. On ne sait ni lesquels ni pour combien de temps… C’est évidemment un subterfuge pour s’accrocher à son fauteuil – il a dit qu’il continuait de « piloter » le conseil général. On peut lui trouver du cran mais une question éthique rend sa position inacceptable. Qu’il s’éloigne du PS, la belle affaire ! Est-ce qu’un élu poursuivi pour « association de malfaiteurs » peut gérer des millions d’euros d’argent public, lancer des investissements pour 10 ou 20 ans quand on sait que des décisions ont été arrangées sous sa présidence – notamment pour favoriser les affaires louches de son frère ? Non. Alors une rébellion contre Guérini va s’organiser au sein de la majorité au conseil général – avec le soutien explicite de la direction du PS. Mais juridiquement, même une motion de défiance unanime ne peut pas l’obliger à se démettre.

Donc peut-il tenir longtemps ?

Assez pour causer énormément de tort à la ville, au département, au crédit des élus, qui n’ont pas besoin de cela. Maintenant, l’enquête se poursuit : si d’autres accusations s’ajoutent à celles qu’on connaît, Guérini devra plier. Aux dernières municipales, en 2008, il promettait de rendre Marseille propre en quelques mois. Il lui reste à honorer cette promesse : en démissionnant.

Ecoutez ci-dessous le "Parti pris" de ce vendredi 9 septembre 2011 avec Hervé Gattégno et Jean-Jacques Bourdin :

Hervé Gattegno