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Blocages: “nos entreprises subissent les dommages collatéraux”, alerte le syndicat hôtelier

Réservations d’hôtels annulées ou reportées, terrasses clairsemées… L’Union des Métiers et des Industries de l’Hôtellerie dénonce les conséquences des blocages et des pénuries d’essence sur le tourisme français. Une situation difficile qui se vérifie notamment en Bretagne.

A la veille de ce dernier week-end du mois de mai, et alors que les grèves et blocages se poursuivent un peu partout en France, les professionnels du tourisme veulent alerter sur les conséquences du mouvement social contre la Loi Travail sur leur activité. L’Union des Métiers et des Industries de l’Hôtellerie (UMIH) évoque, dans un communiqué publié jeudi, les "conséquences graves, économiques et sociales, des mouvements de blocage que connait la France depuis plusieurs semaines”.

 "Dans les départements, les blocages, les grèves mettent nos adhérents dans une situation périlleuse, confrontés à des problèmes d’approvisionnement et d’annulations importantes de réservations pour le week-end à venir, explique le syndicat. Beaucoup de nos entreprises restent en sous-activité en ce début de saison comme en témoigne le mois de mai en deçà des attentes des professionnels en raison de la mauvaise météo."

Annulations en série en Bretagne

Cette situation préoccupante pour les professionnels du tourisme se vérifie notamment en Bretagne. A Rennes, les tables du restaurant La Carré son désespérément vides. Le directeur de l’établissement, Charles Compagnon, évoque des annulations en série en fin de semaine, “des tables de six, des tables de huit”, annulées ou reportées. D’après lui, cela concerne des gens qui se déplacent exclusivement en voiture: “On garde l’essence pour amener les enfants à l’école, pour aller travailler”… Et les loisirs en pâtissent.

A 150 kilomètres de là, à Carnac, les clients n'ont pas envie de sortir la voiture. Plus de 3 réservations sur 10 annulées cette semaine à l'hôtel Le Diana. Barbara, réceptionniste, craint le même phénomène ce week-end.

“Une partie des clients nous ont demandé de garder la réservation mais qu’ils nous rappelaient pour reconfirmer ou pas, parce que tant qu’il n’y avait pas l’essence, ils ne veulent pas prendre le risque de rester coincés à Carnac. La moitié des réservations de ce week-end n’est pas confirmée, elle était confirmée avant la pénurie et ne l’est plus maintenant”, conclut la réceptionniste.

"Des conséquences dramatiques pour l'emploi"

Les conséquences du manque de carburant restent pour l'instant gérables selon les professionnels. Mais elles pourraient devenir alarmantes. C'est ce que redoute Laurent Fréchet, du Syndicat National des Hôteliers et Restaurateurs.

“Nous commençons à envisager très sérieusement le fait que la trésorerie fasse défaut dans un certain nombre d’entreprises. On arrivera à des conséquences dramatiques pour l‘emploi, c’est une évidence.”

Laurent Duc, le président de la branche Hôtellerie de l’UMIH, invité de Jean-Jacques Bourdin, dresse le même tableau.

“Le blocage des stations-service aujourd'hui, c'est sanction immédiate, les restaurants qui ne sont pas accessibles à pied ne travaillent plus. Si vous êtes à 5 ou 10 km du centre d'une ville, vous ne travaillez pas parce que les gens doivent prendre la voiture”, regrette-t-il.

Des difficultés depuis les attentats

Le syndicaliste s’alarme aussi des réservations en baisse pour l’Euro 2016, qui commence le 10 juin.

“Je suis hôtelier depuis l'âge de 23 ans, explique-t-il. J'ai déjà vécu le mondial de 98, on était plein 3 mois avant, avec des prix équivalents.”

Mais selon lui, ces difficultés ont commencé avec les attentats de janvier et de novembre 2015, qui ont notamment dissuadé certains touristes de se rendre à Paris.

"En ce moment il y a 20 à 30% de clientèle en moins sur Paris à cause des attentats. Les Américains ne viennent plus, la compagnie aérienne japonaise pour amener des clients a fait une opération marketing du nettoyage du Trocadéro. Aujourd’hui, les vols entre Paris et Tokyo sont vides. Renvoyons une image positive de la France aux étrangers.”
C.V. avec Anaïs Bouitcha