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"C'est la fin, il n'y a pas d'autres mots": le ras-le-bol des artisans face aux prix de l'énergie

Face à l'explosion des prix de l'énergie, les bouchers-charcutiers-traiteurs lancent un cri d'alarme ce mardi en manifestant devant l'Assemblée nationale, avant un appel à une manifestation nationale de tous les artisans le 23 janvier 2023. Les boulangers sont aussi en grande souffrance.

L'artisanat et le savoir-faire à la française est-il en danger face à l'inflation et aux prix de l'énergie? A l’appel de la confédération française des bouchers-charcutiers-traiteurs, les artisans de la profession vont manifester ce mardi matin devant l'Assemblée nationale.

Une première depuis plus de 20 ans et la crise de la vache folle selon la confédération. Jean-François Guihard, président de cette confédération française de la boucherie-charcuterie-traiteurs est venu en détailler les raisons de cette colère en direct dans "Apolline Matin" sur RMC.

"On veut alerter sur les coûts de la marchandise en général et de l'énergie", explique-t-il. "40% des artisans sont normalement protégés par le bouclier tarifaire. Mais dès que vous avez plus de dix salariés, vous sortez du système. Il y a un trou dans la raquette quand on est juste à la frontière", regrette-t-il.

Les principaux postes de dépenses des bouchers-charcutiers sont ainsi les vitrines frigorifiées, la chambre froide... Mais aussi le chaud, les plaques chauffantes, la rôtisserie qui prend "une part de plus en plus importante" selon François Guihard.

Il demande ainsi que le bouclier tarifaire, dont il reconnaît que son instauration est "une bonne chose", soit simplement "un petit peu plus étendu" au niveau des conditions requises pour en bénéficier.

"Ca va nous mettre sur la paille en janvier"

Frédéric Roy, artisan-boulanger à Nice, confirme que l'inquiétude est totale dans sa profession.

"L'énergie, c'est un poste qui va nous mettre sur la paille début janvier. Cela va être multiplié par 4. Je passe de 1.000 à 4.000 euros en janvier. C'est la fin, il n'y a pas d'autres mots", désespère-t-il, appuyant le chiffre de 80% des boulangers qui seront touchés car ils ne seront pas protégés par le bouclier tarifaire.

D'autant que la majorité des artisans ne peuvent pas totalement répercuter l'augmentation des prix sur leurs produits car les consommateurs ne pourront pas suivre avec une baguette à 3 euros par exemple. Avec une crainte de ne plus pouvoir concurrencer les produits similaires venant de la grande distribution et devoir fermer boutique.

"Aujourd'hui, il y en a ras-le-bol. On dit stop. Aujourd'hui, ce sont les bouchers, mais j'invite tous les métiers de l'artisanat à manifester le 23 janvier devant le ministère des Finances", lance-t-il.

"Si rien n'est fait, je pense que la moitié des boulangeries artisanales vont disparaître"

Si l'électricité est un des aspects les plus marquants des hausses de prix actuelles, un autre auditeur RMC, Cédric, de la boulangerie de Baye, près de Quimperlé (Finistère), note également que les prix des matières premières mettent les artisans dans une situation très dangereuse financièrement.

"Si rien n'est fait, je pense que la moitié des boulangeries artisanales vont disparaître. Je paye 2.000 euros actuellement en énergie. Si c'est x4 ou x5, je ferme, tout simplement. En début d'année, le beurre, je le payais 4.50 (le kilo) et là on est à 9. Et en janvier, on nous annonce 11-12 euros! La farine va prendre 10%...", souffle-t-il.

Le gouvernement serait prêt à revoir le mécanisme d'aide face à l'énergie. Cela suffira-t-il pour rassurer tous les artisans qui ne savent plus trop ce que l'avenir leur réserve?

J.A.