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Charlène, cadre devenue fromagère: "Ça fait du bien de parler à des gens plutôt que rester devant l'ordinateur"

Charlène Bouy, patronne de la fromagerie Charlicot.

Charlène Bouy, patronne de la fromagerie Charlicot. - Photo de profil Facebook

Elle aurait dû reprendre le chemin du bureau en cette rentrée, mais Charlène Bouy, comme de plus en plus de cadres, s'est lancée dans l'artisanat et a rouvert les portes de sa fromagerie. Elle raconte pour RMC.fr en quoi sa nouvelle vie lui apporte beaucoup plus de satisfaction.

Charlène Bouy était responsable administratif et financier avant, suite à la perte de son emploi, d'ouvrir une fromagerie dans le 11e arrondissement de Paris, la fromagerie Charlicot, il y a un an.

"Avant j'étais une très gentille salariée qui obéissait aux ordres des associés, avec beaucoup de responsabilités par rapport à mon équipe et à la trésorerie de la société. Alors quand j'ai été licenciée, il était hors de question que j'aie encore un patron. Et la finance ne me plaisait plus. Je voulais changer de vie. Quitte à être licenciée, autant tout changer. J'avais 32 ans.

Je ne savais pas trop quoi faire, mais comme j'avais fait beaucoup les marchés en fromagerie, je savais que j'adorais le contact des clients et la vente, ce qui me manquait beaucoup quand j'étais responsable administratif et financier. Je me suis dit: 'ok, je monte ma fromagerie'. J'ai fait une formation de 42h avec la fédération des fromagers de France et des stages. Je savais faire un business plan grâce à mon ancien travail, et voilà.

"Je travaille plus qu'avant"

Aujourd'hui je travaille plus qu'avant: 60-70h! Il y a la vente bien sûr, mais aussi toute la gestion, la comptabilité, la communication, aller à Rungis, contactez les producteurs, tout ça 6 jours sur 7. Ça ne s'arrête pas, mais les heures on ne les sent pas passer. Demain je me réveille à 4h parce que j'ai une grosse commande, mais je m'en fiche, c'est cool. Ça fait du bien de parler à des gens, plutôt que passer sa journée devant un écran d'ordinateur.

Durant ma formation, il y avait un notaire qui changeait de vie, il y a des gens de tous bords qui veulent être fromager. C'est un super métier et un super produit. On est au contact de gens adorables, on n'a que des sourires toute la journée, c'est un métier qui donne envie. J'ai des gens qui passent à la boutique, qui pensent à devenir fromager et qui s'interrogent. Je ne sais pas si c'est l'Amour est dans le pré qui leur fait kiffer ces produits, mais il y a un vrai retour sur le terroir!

"On a envie de vivre pour soi et se faire plaisir"

Nous les trentenaires, quadragénaires, on a envie de vivre pour soi et se faire plaisir. On ne travaille pas pour vivre, on vit et on travaille. On n'a plus envie de se prendre la tête. La vie est courte, faisons ce qu'on a envie de faire! Si ça se trouve dans 10 ans je n'aurai plus envie de faire ça, alors je changerai. Il faut aimer ce qu'on fait, sinon cela ne sert à rien de se lever le matin. Je ne m'en rendais pas compte dans mon ancien travail parce que j'aimais énormément mon équipe, mais je n'étais pas vraiment heureuse. Quand je l'ai quitté cela a été un soulagement de fou. Aujourd'hui je me lève, c'est le bonheur, je fais ce que j'ai envie de faire. Après trois semaines de vacances cet été, j'étais vraiment contente de revenir au travail. J'avais trop hâte.

Aujourd'hui je travaille en jean baskets, avec des sweats à capuches. Avant j'étais en bleu marine avec des ballerines. Avant le passage de la tong aux chaussures fermées m'insupportait. Maintenant je passe de mes tongs aux baskets de fromagères avec plaisir."

Propos recueillis par Philippe Gril