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Contrat de chantier: "C’est embêtant si on a envie de se poser, mais on est quand même protégé"

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Jusqu’ici réservé au secteur du BTP, le contrat de chantier pourrait être étendu à d’autres branches. Le concept? Un CDI qui se termine si la mission pour laquelle vous avez été embauché prend fin. C’est ce type de contrat que Cédrick, informaticien de 40 ans, a signé il y a deux ans. Il raconte à RMC.fr les avantages et les inconvénients de ce dispositif.

Cédrick, 40 ans, consultant en informatique, est salarié sous le régime du CDI de projet.

"En ce moment, je suis en CDIM, c’est ce qui est marqué sur mon contrat: Un CDI de mission. Je suis en CDI dans une société de services qui fournit des prestataires pour une grosse entreprise. Ce client n’a pas envie d’embaucher des informaticiens, et à l’issue de ce projet, ma mission se termine, sauf s'il y a de nouveaux clients. J’ai un copain qui est dans le BTP, j’ai comparé avec son contrat, c’est la même chose qu’un CDI de chantier.

On n’a pas plus d’avantages ou plus d’inconvénients qu’un CDI traditionnel. La seule chose qui change, c’est qu’on a une clause de licenciement supplémentaire, c’est la fin de mission. Avant j’étais indépendant, j’ai accepté ça parce qu’en temps qu’indépendant on n’avait pas le droit au chômage. Là si la mission se termine, j’ai un petit battement avec le chômage, c’est le seul avantage que j’y vois.

"Ce n’est pas pérenne si on veut se poser"

Les inconvénients, c’est que ce n’est pas pérenne si on veut se poser. Pas forcément par rapport à la banque. Le banquier, s’il ne regarde pas bien dans le détail, il voit CDI, donc ça passe. J’ai 40 ans, et même si j’ai une assise financière sereine, je n’ai plus envie de bouger. J’ai fait 10 ans d’armée. Ensuite j’étais en CDI mais comme j’étais encore jeune j’ai eu envie d’être indépendant pour gagner plus d’argent. Mais maintenant, avec les enfants, re-déménager…

Un CDI ça ne veut pas dire contrat à durée infinie. C’est à durée indéterminée. Personne ne l’a compris. Il y a des gens en CDD qui travailleront plus longtemps que des gens en CDI. Si on me proposait un CDI classique je dirais oui. Mais ce n’est pas pour autant que je serais plus serein. Si demain il n’y a plus de client, c’est ‘au-revoir’.

"On est quand même correctement protégé"

Là où je défendrais le contrat de mission c’est que c’est rassurant pour les employeurs, tandis que les jeunes ont plutôt intérêt à accepter ça pour se mettre un pied à l’étrier. C’est plus embêtant quand on a envie de se poser. Ce qui pose la question de la mobilité. Moi j’ai travaillé dans toute la France. Mais aujourd’hui la société fait qu’on n’a plus trop le choix. Ce n’est plus comme nos parents, qui n’ont jamais bougé de leur travail, qui ont acheté une maison et n’en ont jamais changé. La société n’est plus comme ça.

Si la société chez qui je suis en mission dit ‘on n’a plus besoin de Cédrick’, ce n’est pas pour autant que la société de service qui m'emploie a le droit de me licencier pour fin de mission. Elle ne peut pas tant que la mission chez le client final n’est pas terminée. S’ils veulent me licencier ils ne pourront pas le faire si facilement, on est quand même correctement protégé. Sur un chantier, si vous ne devez faire que les fondations d’une maison, tant que la maison n’est pas complètement hors de terre, la mission n’est pas finie. Moi c’est pareil, et ça m’a rassuré un petit peu.

Le CDI de mission a un autre inconvénient: le CDD, on sait quand il s’arrête. Donc on peut anticiper et chercher une autre mission. Là on ne sait pas vraiment. En CDD, il y aussi des indemnités de fin de contrat, des primes de précarité… Passer d’indépendant au CDI de mission, ce n’est ni une progression ni une régression, c’est autre chose. Quand on est indépendant on doit être mobile, on doit se trouver des clients tout seul. C’est un autre état d’esprit".

Propos recueillis par Antoine Maes