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Grève des routiers contre la loi Travail: "Le gouvernement crée du dumping social franco-français"

Les chauffeurs routiers débutent un mouvement de grève ce lundi soir contre la loi Travail. Ils protestent contre un article qui prévoit qu'en cas d'accord d'entreprise, la majoration des heures supplémentaires pourrait ne pas dépasser les 10%, contre 25 à 50% aujourd'hui.

Le secteur des transports est l'un de ceux qui consomment le plus d'heures supplémentaires. Depuis 20 ans, Cyril parcourt la France à bord de son poids-lourd. Ce routier du Pas-de-Calais passe entre 50 et 60 heures par semaine sur la route, pour un salaire qu'il juge déjà très faible.

Actuellement, ses heures supplémentaires sont payées en application d'un accord de branche: toute heure supplémentaire doit être payée de 25 à 50% de plus qu'une heure classique. Mais la loi Travail pourrait tout changer, son article 2 prévoit qu'un accord d'entreprise pourra s'appliquer et limiter la majoration des heures supplémentaires, sans descendre en-dessous de 10%. Fiche de paie en main, Cyril a déjà fait le calcul.

"Si ça passe comme ils l'ont dit, on perd à peu près 116 euros brut par mois. Ca commence à bien faire, on en a marre", s'agace-t-il.

Une concurrence entre transporteurs français

Sur un an, il pourrait perdre près de 1.100 euros net. Alain Noyelle, son chef d'exploitation, s'est engagé à ne pas toucher à la majoration des heures supplémentaires. Mais il le reconnaît lui même, sa promesse sera difficile à tenir. "Tout le temps qu'on y arrivera, on reste comme ça. Mais il y a la concurrence des autres transporteurs si malheureusement ils descendent le salaire des chauffeurs", anticipe-t-il.

Il craint avec cette mesure, une déstabilisation du secteur, déjà concurrencé par les transporteurs des pays de l'est et leur main d'oeuvre à bas prix. Un constat que partage Jérôme Vérité, secrétaire général de la CGT-Transport qui dénonce une concurrence déloyale entre les entreprises françaises qui serait générée par la loi Travail. 

"On souffre déjà énormément du dumping social et là le gouvernement au travers de la disposition sur la baisse de rémunération des heures supplémentaires crée du dumping social franco-français. Ce texte-là est tellement entachée de reculs sociaux qu'il faut repartir d'une feuille blanche", estime-t-il.

Dans l'entreprise de Cyril, une cinquantaine de chauffeurs sur les 220 de la société ont prévu de cesser le travail lundi soir. Un mouvement reconductible où des routiers de toute la France ont prévu d'organiser des barrages filtrants et des opérations escargot. 

C. B avec Lionel Top