RMC

Hausse de la CSG: moi, retraité, j'estime normal de renvoyer l'ascenseur aux jeunes générations

-

- - AFP

Si la hausse de la CSG fait grincer des dents certains retraités, elle apparaît juste aux yeux de Jean-Claude, né en 1946 et à la retraite. Il dit même "avoir un peu honte" de sa génération et estime qu'il est normal de "faire un geste pour la génération suivante".

Jean-Claude est retraité, il a 72 ans.

"Je suis un privilégié. J'ai un peu honte de ma génération. C'est un mot fort mais il y a de ça quand même. Je suis né en 1946 après la guerre. J'étais trop jeune pour la guerre d'Algérie. Je suis arrivé sur le marché du travail dans les années 60 où il y avait trois offres d'emploi pour une personne.

J'ai donc bénéficié des Trente Glorieuses à fond. J'ai travaillé à EDF pendant 38 ans. J'ai eu une vie dorée. Je suis arrivé à la retraite alors que les retraites étaient au maximum et j'en suis fort aise bien sûr, mais je me rends bien compte que la société m'a beaucoup donné donc il m'apparaît normal de rendre un tout petit peu. D'autant plus que rendre, c'est rendre à la génération suivante.

J'ai beaucoup de respect pour les générations qui m'ont précédées. La génération de mes grands-parents a subi la Première Guerre mondiale, la génération de mes parents a subi la Seconde Guerre mondiale, moi j'ai récolté tout le bon grain de la semence qui avait été faite pendant 30 ans.

Je me vois mal aujourd'hui ne pas faire le moindre geste pour la génération suivante. La hausse de la CSG va m'enlever 50 euros sur mes 3.000 euros de retraite, donc j'irai peut-être deux fois de moins au restaurant chaque mois. Je grossirai moins et j'aurais du cholestérol en moins. Ca ne m'empêchera pas de vivre.

En contrepartie, j'ai le secret espoir que ça permettra de donner le sourire à un jeune homme ou une jeune femme qui aura trouvé un travail.

"Ce sont les actifs qui me paient ma retraite"

Je comprends très bien qu'il y ait un plancher. Je ne suis pas président de la République, mais je l'aurais mis à 1.500 euros, 1.200, ça me paraît très bas. Mais sinon, c'est logique de renvoyer l'ascenseur aux générations suivantes, d'autant plus que ce sont les actifs qui me paient ma retraite.

Je pense que beaucoup de parents le font déjà. Là, on va le faire non plus directement pour ses propres enfants mais pour la communauté. Mais à mon avis, beaucoup de grands-parents donnent déjà de l'argent à leurs petits-enfants. Moi, j'ai donné de l'argent à ma fille pour qu'elle puisse s'acheter un appartement.

La transmission d'une génération à une autre est quelque chose d'essentiel pour moi. Quand on a des enfants, on se doit de laisser quelque chose.

Il faudrait ne pas ouvrir les yeux pour ne pas voir que la situation des jeunes est compliquée. Ils ont beaucoup de mal à s'insérer sur le marché du travail. Moi quand j'ai eu 20 ans, la possibilité qui m'a été donnée de louer un appartement est sans commune mesure avec la difficulté des jeunes aujourd'hui à trouver un toit.

J'ai eu la chance d'avoir un CDI pendant 38 ans. Je conçois que le monde change et que la nature du travail évolue mais je ne peux pas admettre de voir la jeune génération dans la précarité où elle est alors que moi j'ai bénéficié de tout. C'est au-dessus de mes forces. Donc, quand on me demande de faire un geste, je le fais parce que c'est la normalité.

Quand j'en discute autour de moi, je me heurte à des avis contraires mais je pense qu'un avis contraire est un avis tourné vers soi-même".

Propos recueillis par Paulina Benavente