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L'emploi saisonnier encadré par la loi Travail: "Il me faut une base de salariés qui connaissent le métier"

Un volet de la loi Travail, qui sera définitivement adoptée la semaine prochaine, entend encadrer davantage les contrats saisonniers ainsi que la signature de "CDI intermittents".

Les travailleurs saisonniers, difficiles à chiffrer seraient plus d'un million en France. Job d'appoint, étudiant travaillant pendant les vacances ou réel mode de vie, ces travailleurs subissent souvent la précarité. La loi El Khomri, qui doit être adoptée définitivement la semaine prochaine prévoit de nouvelles modalités pour encadrer le travail saisonnier et reprécise sa définition. Sont concernés les travailleurs qui effectuent des "tâches appelées à se répéter selon une périodicité fixe". 

La loi Travail prévoit d'abord des négociations par branches dans les six mois de la promulgation de la loi un accord sur la reconduction automatique des CDD d'une saison à l'autre. Une mesure qui doit permettre davantage de stabilité pour les saisonniers et qui prendra en compte leur ancienneté.

"Ca permet de faire un crédit"

Le texte met aussi en place pendant trois ans l'expérimentation de CDI intermittents, sans avoir à passer par un accord d'entreprise ou de branche. Ces contrats Dans certaines entreprises comme chez ce producteur de fruits du Tarn-et-Garonne, ce type de contrat est déjà utilisé. Laetitia 35 ans a été engagée depuis peu en CDI intermittent, après avoir travaillé des années comme saisonnière. Un statut qui a changé sa vie.

"Ca permet de faire un crédit maison, un crédit voiture, explique-t-elle. Tous les mois, j'ai le même salaire qui tombe. C'est une sécurité pour beaucoup de choses, pour le moral aussi."

Laëtitia travaille notamment pour Benoît Martinet, producteur de raisin, nectarines et abricots. Il n'a pas hésité pour engager sa salariée en CDI intermittent.

"Si je n'avais pas sécurisé son emploi, je ne l'aurais plus. Il me faut une base de salariés qui connaissent bien le métier, que je n'ai pas à former tous les ans. Comme ça je n'ai pas trop à réfléchir pour avoir la surprise de qui je vais avoir comme saisonnier, c'est gagnant-gagnant", remarque le producteur.

Malgré tout, l'exploitant qui emploie dix saisonnier cette année n'a pas souhaité les recruter. "Trop risqué", "trop de contraintes administratives", explique-t-il. 

Pas de prime de précarité pour les CDD saisonniers

Pour les syndicats, le CDI intermittent et la reconduction automatique des CDD n'est pas suffisante. Les saisonniers restent des professionnels vulnérables et soumis à un statut particulier qui les précarisent. Un salarié engagé avec un CDD saisonnier ne touche pas par exemple de prime de précarité à la fin de son contrat.

"Il faudrait que les saisonniers aient les mêmes droits que les autres salariés qui sont en CDD, c'est-à-dire une prime de précarité de 10%, défend Michel Beaugas, secrétaire confédéral en charge de l'emploi chez FO.

Pour lui, il n'est pas normal de faire une distinction avec d'autres salariés qui occupent un emploi temporaire. "Si vous remplacez un départ en congé dans une grande surface, normalement vous avez le droit à la fin à une prime de précarité. Et quand vous êtes un salarié sous contrat saisonnier, vous n'avez pas cette prime au prétexte que vous êtes réembauchés chez le même employeur six mois après." Pour la CFDT au contraire, ces nouveautés prévues dans la loi Travail sont vues comme une avancée qui permettra aux saisonniers davantage de sécurité de l'emploi.

C. B avec Jean-Wilfrid Forquès