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Le dialogue social à la française, ça ne sert à rien

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Retour sur les consultations lancées mardi par le 1er ministre Jean-Marc Ayrault, qui a reçu les principaux syndicats à Matignon. L'occasion de faire un point sur le dialogue social à la française. Force est de constater qu'il ne sert à rien.

Il y a évidemment une mise en scène, une théâtralisation de ces rencontres rituelles. On voit les syndicalistes traverser la cour de Matignon, en général souriants. Les ministres les accueillent, eux aussi souriants. Tous ces gens-là se connaissent, ils n’ont pas besoin d’un « sommet social » pour se parler ; en réalité, ils ne sont là que pour s’afficher ensemble. Leur réunion est censée prouver que le gouvernement et les syndicats se concertent pour résoudre des problèmes dont on sait – hélas – que beaucoup sont insolubles. Poliment, on dit que le nouveau pouvoir manie les symboles. Sous Sarkozy, on disait : « faire de la com’ ». En fait, c’est la même chose. C’est-à-dire pas grand-chose.

Lors de ces rencontres, on a quand-même parlé des retraites, du smic, de l’emploi…

Bien sûr mais rien n’a avancé – et on n’en doutait pas. Une autre séance est d’ailleurs prévue pour fixer… l’ordre du jour de la « conférence sociale » qui se tiendra ensuite à l’Elysée. Parler de ce dont on va discuter, c’est déjà du dialogue social. Le problème, c’est la représentativité de nos syndicats: moins de 8% des salariés français sont syndiqués. C’est une légitimité infiniment moins grande que celle d’un gouvernement issu des élections. A ce compte-là, on se demande pourquoi JM Ayrault tient tant à s’imposer – par la Constitution ! – une concertation obligatoire avant toute réforme. Quand V. Peillon annonce le retour à la semaine de 5 jours à l’école, il se fait sermonner pour n’avoir pas consulté d’abord les syndicats. C’était pourtant une promesse du candidat Hollande – l’élection ne vaut-elle pas mieux que toute les concertations ?

La CGT a remis au premier ministre une liste de 46 entreprises menacées par des plans sociaux. Est-ce que le gouvernement peut vraiment faire quelque chose ?

Il veut en tout cas faire comme si. F. Hollande a promis (sur France 2) que le gouvernement ne « baisserait pas les bras ». C’est la posture volontariste de tout pouvoir qui s’installe. Pour les socialistes, il y a en plus comme un pêché originel à expier : L. Jospin avait dit aux ouvriers de Michelin : « l’Etat ne peut pas tout ». Pourtant, il n’avait pas totalement tort. L’Etat n’a ni le pouvoir ni les moyens ni la vocation de sauver des entreprises. Il faudra bien en revenir à la base : ce n’est pas en combattant les licenciements – ni même en les interdisant – qu’on endigue le chômage mais en favorisant la création d’emplois. S’il s’en tient au volontarisme, F. Hollande ira dans le mur – en klaxonnant… ou en dialoguant.

Pour écouter le Parti Pris d'Hervé Gattegno ce mercredi 30 mai, cliquez ici.

Hervé Gattegno