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Le gouvernement veut un titre de séjour pour les sans-papiers, réservé aux métiers en tension

En terme d'immigration, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin et le ministre du Travail Olivier Dussopt veulent être "méchants avec les méchants et gentils avec les gentils", en multipliant les expulsions mais aussi en facilitant l'accès au travail dans les métiers en tension aux sans-papiers.

Faire d'une pierre, deux coups. Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin et le ministre du travail Olivier Dussopt veulent inscrire les immigrés menacés d’expulsion au fichier des personnes recherchées et proposent de créer un titre de séjour "métiers en tension" au sein du projet de loi immigration, qui sera examiné début 2023.

Ce titre serait réservé aux travailleurs sans-papiers déjà sur le territoire, à côté de mesures visant à améliorer les reconduites à la frontière. Selon Gérald Darmanin, il s’agirait d’être "désormais méchants avec les méchants et gentils avec les gentils", en permettant au passage de subvenir aux besoins du monde du travail, en mal d'employés, et comme réclamé par certains professionnels notamment ceux de la restauration.

"Déjà la vie ce n'est pas un dessin animé", tacle ce mercredi sur le plateau des "Grandes Gueules" sur RMC et RMC Story, le cheminot Bruno Poncet. "Surtout sachant que Gérald Darmanin est plutôt gentil avec les méchants et méchant avec les gentils car c'est un faible, comme beaucoup d'ailleurs", ajoute le syndicaliste qui plaide pour accorder un titre de séjour à tous ceux qui travaillent.

Le RN veut privilégier les Français et les migrants légaux

Pour le restaurateur Stéphane Manigold, il y a pourtant assez de main d'œuvre: "En Suisse, il y a une situation de tension parce qu'ils sont en plein-emploi. Nous, on est à plus de 7% (de chômage)!", rappelle-t-il, estimant qu'il n'y a pas besoin d'aller chercher des travailleurs ailleurs. "Régulariser des sans-papiers, c'est niveler vers le bas, c'est une mauvaise solution et ce n'est même pas une solution de gauche car être de gauche, c'est protéger ceux qui en ont besoin", ajoute-t-il.

Ce nivellement par le bas, c'est aussi ce que craint le député RN de Moselle Laurent Jacobelli. "La déclaration de monsieur Darmanin est ridicule, on ne peut pas qualifier les gens comme ça. On est en train de nous expliquer que des gens travaillent illégalement et cela veut dire qu'un employeur ne respecte pas nos lois. Il ne faut pas changer les choses du jour au lendemain", estime l'élu.

"Pour les métiers en tension, il faut demander à ceux qui cherchent un travail d'occuper ces emplois et demander aux patrons d'augmenter les salaires", plaide Laurent Jacobelli.

"Mais créer le nivellement par le bas, la concurrence sociale et l'esclavagisme moderne en disant aux gens: 'Vous n'avez pas de travail, venez illégalement en France, on vous trouvera un travail et on vous soignera gratuitement et on vous légalisera', c'est créer une concurrence déloyale du tous contre tous et une paupérisation générale", ajoute Laurent Jacobelli, qui veut donner la priorité aux Français et aux immigrés légaux.

Des demandes parfois contradictoires des préfectures

La réalité est pourtant parfois tout autre. C'est le cas de Fabien, restaurateur dans l'Allier, qui emploie depuis cinq ans un Ivoirien sans-papier. "Au début, la préfecture nous avait demandé de faire des contrats d'apprentissage pour ce jeune qui était mineur", assure-t-il sur RMC et RMC Story.

"La veille de ses 18 ans, on nous a demandé de le mettre dehors alors qu'un contrat d'apprentissage, en tant qu'employeur, on n'a pas le droit de le rompre", raconte le restaurateur.

"Il a été viré du foyer, j'ai dû le recueillir chez moi, il est passé d'apprenti à commis de cuisine, je n'avais pas le choix. Aujourd'hui, il est toujours chez moi, je paye l'Urssaf, il a des fiches de paie et enfin je pense qu'on va avoir l'autorisation de travail", ajoute Fabien, qui déplore le "massacre" d'enfants.

"C'est une situation qui démontre encore une fois de plus que nos métiers sont un escalier social formidable. Bien sûr que dans ces conditions, le jeune doit avoir un titre de séjour", salue Stéphane Manigold. "Mais je pense qu'il faut faire du cas par cas, sinon on va arriver dans des excès où des personnes, simplement parce qu'elles sont dans un secteur en tension, on va les régulariser", déplore le restaurateur.

G.D.