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Les automobilistes favorisent la pénurie? "La crainte du manque d'essence incite à aller faire le plein"

Les automobilistes se pressent dans les stations service favorisant la pénurie.

Les automobilistes se pressent dans les stations service favorisant la pénurie. - Philippe Huguen - AFP

Si certaines stations-services ont des difficultés à être approvisionnées d'autres voient leurs cuves se vider beaucoup plus vite qu'en temps normal. En cause, la peur de la panne sèche qui pousse les automobilistes à faire des réserves.

Les automobilistes prennent leurs précautions. Inquiets de se retrouver sans carburant, de nombreux automobilistes se ruent sur les pompes à essence, comme dans cette station-service du Val-de-Marne. Franck est l'un d'eux, il vient de mettre 30 euros de carburant dans sa voiture, pourtant loin d'être en panne sèche.

"C'est pour mettre la voiture au garage avec le plein, au cas où", reconnaît ce restaurateur.

Le secrétaire d'Etat aux transports Alain Vidalies a affirmé qu'il n'y avait pas "de risque de pénurie" de carburant "pour la semaine prochaine" et a appelé les automobilistes à ne pas céder la panique. Mais au moins 20% des pompes sont en pénurie partielle ou totale et Patricia, une automobiliste a aussi préféré prendre les devants. Après une dizaine de minutes dans la file d'attente, c'est à son tour d'être servie. A en croire son tableau de bord, son réservoir est à moitié plein. Mais elle est inquiète de ce qu'elle entend dans les médias. "Il y a une pénurie, ils viennent de le dire dans le poste! Si on ne le fait pas et qu'on reste sans essence, comment on fait? Ca paralyse tout le monde, on ne pourra pas aller travailler", constate-t-elle.

"Un mouvement de masse" qui crée la pénurie

Dahim, le gérant de la station-essence, n'avait jamais vu ça. Il a dix fois plus de clients qu'en temps normal.

"Les gens croient qu'il n'y a plus de gasoil, plus d'essence donc ils courent vers les stations essence pour remplir même des jerricanes", raconte le pompiste.

Les cuves de sa station-service seront à nouveau approvisionnées ce mercredi. Mais les 15.000 litres de carburant prévus risquent de partir en une seule journée, contre une semaine habituellement. Pour Philippe Crevel, économiste, les automobilistes ont leur part de responsabilité dans cette pénurie.

"La crainte du manque d'essence incite les uns et les autres à aller plus vite que prévu faire le plein, ravitailler, voire faire des réserves. Ce mouvement de masse crée la pénurie et la crise potentielle devient réelle. Jusque dans les années 70 en France, on avait le même phénomène sur le sucre. Quand on prévoyait un manque de sucre, il disparaissait des magasins. Aujourd'hui c'est l'essence, mais c'est la même logique", explique-t-il. 

En trois jours selon le gouvernement, la consommation du carburant a augmenté de 500% dans certains secteurs du pays. 

C. B avec Benoît Ballet