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Manifestation contre la loi Travail: avec ce revirement, "le gouvernement nous a rendu service"

Les syndicats vont finalement battre le pavé ce jeudi à Paris au terme d'un bras de fer avec le gouvernement. Dès lors, les opposants à la loi Travail espèrent que la levée de cette interdiction à moins de 24 heures de la date fatidique va permettre de gonfler les rangs du cortège.

La manifestation contre la loi Travail aura bien lieu ce jeudi à Paris. L'autorisation de manifester a été obtenue mercredi tard dans la matinée, à l'issue d'une rencontre entre Bernard Cazeneuve, Philippe Martinez (CGT) et Jean-Claude Mailly (FO). Une décision qualifiée de "victoire pour les syndicats et la démocratie" par les deux secrétaires généraux. Et les organisations syndicales espèrent que le volte-face gouvernemental va renforcer les opposants à la loi Travail dans leur mobilisation.

Cela a en tout cas décuplé la motivation de Rémy, militant CGT depuis dix ans, qui n'a raté que deux manifestations depuis le mois de mars. Et il assure aussi que "cela joue sur les collègues qui soutiennent individuellement la mobilisation sans nécessairement participer aux manifestations. Là, ils se sentent véritablement concernés". "Que ce soit autorisé, c'est une victoire qui va nourrir la mobilisation, estime-t-il encore. Cela en montrant que nous sommes face à un gouvernement qui est prêt à aller jusqu'au bout, y compris à s'asseoir sur des droits fondamentaux".

"On a voulu attaquer les libertés fondamentales"

Du coup, Benjamin Amar, responsable de la CGT du Val-de-Marne ne serait pas loin de remercier le gouvernement pour ce revirement. "Incontestablement, il nous a rendu service, se réjouit-il. Et ce de la même manière que le 49-3 avait remobilisé les troupes, à cause d'un sentiment d'injustice". "Tout doucement, on a vu l'autoritarisme progresser et cette décision a bien évidemment remobilisé les troupes, poursuit-il. Moi-même je vais aller manifester contre la loi Travail mais aussi parce qu'on a voulu attaquer les libertés fondamentales".

Baptiste Talbot, secrétaire général de la CGT des services publics, quant à lui, se dit regonflé mais aussi "inquiet": "On est bien évidemment satisfait d'avoir obtenu du gouvernement qu'il recule sur sa volonté d'interdire cette manifestation mais nous sommes quand même inquiets. Il y a manifestement dans ce gouvernement, et en particulier chez le Premier ministre, la tentation d'aller vraiment très loin pour faire taire la contestation contre la loi Travail".

"Il faut que le gouvernement entende raison"

Selon ce responsable syndical, "il y a une urgence absolue parce qu'on finit aussi par risquer le fait qu'il puisse y avoir des drames car il ne faut pas nier qu'une certaine violence monte". "Il faut donc vraiment maintenant que le gouvernement entende raison et qu'il ouvre enfin les négociations que nous sommes de plus en plus nombreux à réclamer".

Mais, cette interdiction levée pourrait aussi avoir des effets bien contre-productifs pour les syndicats, comme l'explique Yves-Marie Cann, directeur des études politiques à l'institut de sondage Elabe: "Il est possible que cette interdiction, finalement avortée, ajoute un surcroît de tension parmi les manifestants. C'est d'ailleurs le principal risque identifié par l'ensemble des observateurs, à savoir le risque de violences aux abords de cette manifestation".

Maxime Ricard avec Claire Checcaglini