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Moselle: vers un retour aux 39 heures pour les salariés de l’usine Smart ?

Sur la ligne d'assemblage de la Smart ForTwo dans l'usine Smart de Hambach, en Moselle, le 11 décembre 2012.

Sur la ligne d'assemblage de la Smart ForTwo dans l'usine Smart de Hambach, en Moselle, le 11 décembre 2012. - Jean-Christophe Verhaegen - AFP

Les 800 salariés de l'usine d’Hambach se prononceront vendredi sur un retour provisoire aux 39 heures contre une hausse de salaires et de la garantie du maintien des emplois. Mais même avec des compensations, la mesure est loin de faire l'unanimité. Reportage.

Dans l'usine Smart d'Hambach, en Moselle, la question de la flexibilité fait débat depuis le début de l'été. Dans le cadre des négociations annuelles (qui ont débuté le 1er juin) la direction a proposé aux salariés de passer de 35 à 39 heures de travail, pour une période provisoire.

En contrepartie, la direction a annoncé que les salariés percevraient une augmentation mensuelle de 120 euros brut, ainsi qu'une prime exceptionnelle de 1.000 euros versée en deux fois sur deux ans. Elle s'est aussi engagée à embaucher 50 intérimaires en CDI entre octobre 2015 et fin 2017. Selon la direction, ce "pacte" doit "garantir le maintien de l'emploi pour tous les coéquipers de Smart France jusqu'en 2020".

Ce vendredi, les 870 salariés de l'usine se prononceront par référendum pour dire si oui ou non ils acceptent ce retour provisoire aux 39 heures. Mais même avec des compensations, la mesure est loin de faire l'unanimité.

"Une perte de salaire de 6%"

Pour Martin, un salarié travaillant sur la chaîne de montage, les 120 euros mensuels de compensation ne sont pas suffisants. Il explique au micro de RMC qu’il votera contre le projet de la direction: "N’importe quel ouvrier dira non. On accepte bien de travailler plus. Mais il faut être payé plus", réclame-t-il.

Paul, un jeune opérateur de 26 ans, n'a lui pas encore pris sa décision. "C’est assez bizarre de se dire que nos parents se sont battus pour les 35 heures et d’un seul coup, ils veulent replacer aux 39 heures…", rappelle-t-il. "Après, ce qui est vrai c’est qu’on peut faire des sacrifices aussi pour notre entreprise", juge-t-il toutefois.

Sacrifier les 35 heures oui mais pas à n'importe quel prix, explique de son côté Philippe Simar, délégué syndical CGT responsable de l'usine. "Revenir à 39 heures c’est un recul social, c’est clair", dénonce-t-il. “Ils nous proposent 120 euros plus deux fois 500 euros sur deux ans. Mais le problème c’est qu’ils nous proposent aussi 16 heures de travail en plus par mois. Donc c’est quelque chose qui n’est pas compatible parce que si on fait le calcul c’est une perte de salaire de 6%", déplore le délégué CGT. "C’est faire bonne image auprès du groupe. Mais rien ne nous garantit ensuite que l’entreprise ne fermera pas, même si on signe cet accord."

"De l’ordre du préventif"

Pour Emmanuel Benner, délégué syndical CFDT de l’usine, il est beaucoup trop tôt pour demander de tels efforts aux salariés. "On est dans la première année de production. On a des marchés comme les Etats-Unis et la Chine qui n’ont pas encore démarré, qui sont des marchés porteurs pour nous. On aimerait bien attendre que ces marchés là nous disent quelle est la tendance avant de commencer à faire des sacrifices", fait-il remarquer. "Parce qu’au final c’est des sacrifices que l’on fait. Jusqu’à 5.000-6.000 euros sur l’ensemble de la période, sur les 5 ans. Ils y vont vraiment fort. On augmente le taux de travail de 12%, on augmente le salaire de 6%. Donc au final on perd 6% de taux horaire donc 6% d’argent tous les mois", fustige-t-il lui aussi. 

Philippe Steyer, directeur des Ressources Humaines chez Smart France, défend au contraire la proposition de la direction, car les efforts demandés aujourd'hui doivent permettre de pérenniser l'activité de l'usine dans les prochaines années. "Les chiffres du groupe Daimler ont été publiés pour le premier semestre. On a des résultats qui sont très très bons. L’idée du groupe c’est de dire: on prépare dans les périodes ou justement ça va bien, les périodes ou ça pourrait aller plus mal", explique-t-il. "Aujourd’hui on est de l’ordre du préventif. Je veux dire, on est présents sur le marché chinois et quand on voit la réalité actuellement en Chine on a vite fait d’être ou dans le positif ou le négatif sur un marché qui est aussi important que celui-là”, fait-il encore valoir.

Le vote de vendredi n'aura cependant qu'une valeur consultative: ce sondage a été demandé par les syndicats pour avoir une idée de l'opinion globale. Les négociations reprendront la semaine prochaine et aucune échéance n'est prévue pour trouver un accord. 

V.R. avec Benoît Ballet