RMC

Pénurie de saisonniers à Noël: "Les Français veulent des salaires qui ne correspondent pas"

Comme cet été, les saisonniers manquent à l'appel à l'aube du début de la saison des sports d'hiver. Une pénurie dans la foulée de la crise de la vocation amorcée par la pandémie de Covid-19, mais aussi par la crise du logement, assure un restaurateur sur RMC.

Les saisons se suivent et se ressemblent. Comme cet été, serveurs, cuisiniers, perchistes, femmes de chambre, manquent à l'appel. De nombreux secteurs sont confrontés à une pénurie de travailleurs de saison. Certains ont fait le choix de la reconversion et d’autres demandent de meilleures conditions de travail. Sur les 80.000 saisonniers recrutés chaque année dans les stations de sports d'hiver, il reste encore aujourd'hui plusieurs milliers d'offres non pourvues. Seules 67% des offres de travail en restauration ont trouvé chaussure à leur pied depuis le 15 novembre.

Ce casse-tête, Claude, restaurateur à Chamonix (Haute-Savoie), n'y échappe pas. Pour deux raisons selon lui: certains ne veulent plus travailler et la crise du logement empêche de fournir de bonnes conditions de travail.

"On a tous augmenté les salaires"

Dans son entreprise, il assure être le plus petit salaire et payer 1.600 euros ses salariés pour 39 heures par semaine, en logeant ceux qu’il peut. "On n’arrive plus à loger, on est gavés d'Airbnb. On a tous augmenté les salaires et aujourd’hui, quand les saisonniers viennent, ils demandent le salaire et s’il y a un logement", explique-t-il ce mercredi sur le plateau des "Grandes Gueules".

Claude assure employer aujourd’hui une ressortissante dominicaine, à laquelle il a pu obtenir des papiers. Il explique également faire les démarches pour un saisonnier colombien. Alors logiquement, pour endiguer la pénurie de travailleurs, Claude plaide pour faire appel à l’immigration.

"Les Français veulent des salaires qui ne correspondent pas. Je leur dis qu’ils ne sauvent pas des vies, ils portent des assiettes et servent des clients. Quand on vous donne 2.000 euros plus les pourboires et un logement, vous ne pouvez pas dire qu’on vous prend pour des imbéciles", estime-t-il, précisant qu'à Chamonix, les pourboires sont légion grâce à la clientèle anglaise notamment.

"Le fisc et l’Urssaf nous massacrent"

"Dans nos métiers, nos collaborateurs ont deux repas par jour", abonde le restaurateur des 'Grandes Gueules' Stéphane Manigold sur RMC et RMC Story, qui déplore la pression fiscale sur les professionnels du secteur.

"On a toutes les difficultés pour donner de la garantie. Vous voulez qu’on soit des employeurs vertueux mais dès qu’on veut être généreux avec nos employés, en offrant des cadeaux, l'Urssaf arrive, contrôle et nous allume la gueule. Donc d’un côté, on a des problématiques de recrutement et de l’autre, le fisc et l'Urssaf qui nous massacrent", déplore Stéphane Manigold.

Alors où sont passés les saisonniers? Ils subissent de plein fouet une crise de la vocation, amorcée depuis la pandémie de Covid-19. "La restauration, c’est un métier qui peut être passionnant mais ça reste un métier ingrat", rappelle de son côté Willy, ancien saisonnier justement. "Il y a les coupures qui ne sont pas rémunérées et une vie de famille compliquée à gérer", raconte-t-il, rappelant qu’un salaire moyen dans le milieu tourne autour de 1.700 euros pour un loyer moyen de 800 euros.

Guillaume Dussourt