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"Quand on se lève le matin, on sait qu'on va travailler pour nous": à Bègles, des employés veulent reprendre leur papeterie

La papeterie de Bègles c’est une industrie emblématique de la ville, presque centenaire. Elle a été mise à l'arrêt en mars.

Dans la commune de Bègles, des salariés se lancent dans une grande aventure: reprendre leur papeterie mise à l’arrêt depuis mars. Pourquoi ces salariés se sont-ils engagés dans un tel combat ? Cette histoire, c’est avant tout une histoire de cœur. La papeterie de Bègles, c’est une industrie emblématique de la ville presque centenaire.

De nombreux salariés y travaillaient depuis 20 ans, 30 ans. Alors pas question de laisser leur “outil” être complètement transformé ou pire, simplement démoli.

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Depuis l’échec des négociations entre un éventuel repreneur et le propriétaire, les salariés se sont constitués en association pour élaborer un projet. Objectif, préserver un héritage, mais aussi sauver 77 emplois. Un projet peaufiné de jour en jour. Nous avons assisté hier à une réunion des ex-salariés.

Chaque point est discuté et tout le monde donne son avis. Daniel Castagnon, ancien salarié de la papeterie, veut une organisation plus horizontale. 

“On a pour habitude d’avoir un management par le dessus où on n'écoute pas la base. C’est dans ça qu’on veut innover”, indique-t-il.

L’offre de reprise, c’est une SCOP, ou coopérative industrielle. Une garantie de l’engagement de tous selon Claude Duthil, ancien salarié de la papeterie. 

“Quand un conducteur de chariot venait à taper quelque chose, il se disait ce n’est pas grave, c’est le groupe qui va payer. Demain, ce ne sera pas le groupe qui va payer, c'est tout le monde. Il faut que les gens soient capables de s’investir, de se responsabiliser. Le matin, quand on se lève, on sait pour qui on va travailler, on travaille pour nous”, appuie-t-il.

Le soutien de la mairie

Pour crédibiliser leur projet et attirer les financements, les ex-salariés s’appuient sur l'analyse de Jean-Jacques Bordes, consultant bénévole.

“Ils ont une vision claire de ce qu’il faut faire et comment gérer leur future entreprise. Il agissent comme des dirigeants et ça ça me rassure”, affirme-t-il.

Et si ça marche, leur production sera également différente. Les anciens salariés prévoient de recycler des déchets issus de la collecte locale.

Alors est-ce que ce projet a des chances d’aboutir? En tout cas, ce projet d’économie sociale et solidaire suscite l’intérêt des élus.

Pour la mairie, la priorité c’est évidemment que ce site soit réindustrialisé quoiqu’il en soit. Mais ce projet coopératif est celui que le maire écologiste de la ville Clément Rossignol Puech encourage le plus, car il comporte aussi un volet formation la création d’un CFA.

Et en France aujourd’hui, il n’existe plus qu’un seul CFA Papeterie, situé dans les Vosges.

“Comme ceux sont des papetiers, ils sont attachés à leur métier et ils se rendent compte que les centres de formation ferment en France. Tout le savoir-faire s’écroule et la seule solution, c’est de remettre en place des centres de formation adossés à des papeteries. Donc sur Bègles on en a une et le projet de reprise ne prendra pas tout le site donc il restera de la place. Si la ville peut, à mon niveau, trouver des solutions locales, je suis aux côtés des salariés”, affirme le maire, Clément Rossignol Puech.
Caroline Philippe et Mahauld Becker-Granier avec Guillaume Descours