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Egypte : « La France et les Etats-Unis sont hors-jeu », dit Kepel sur RMC

Gilles Kepel affirme n'avoir "jamais vu autant de haine" en Egypte.

Gilles Kepel affirme n'avoir "jamais vu autant de haine" en Egypte. - -

Gilles Kepel était invité ce lundi matin sur RMC et BFMTV. Spécialiste du monde arabe, il a fait le point sur la situation en Egypte et les risques de contagion dans la région.

Invité sur RMC et BFMTV ce lundi matin, Gilles Kepel est revenu sur la situation en Egypte, la place des Frères musulmans et les violences entre pro et anti-Morsi. Spécialiste du monde arabe, ce professeur à Sciences-Po Paris a estimé que « les ingrédients d’une guerre civile étaient réunis ».

Sur les condamnations des Occidentaux qui s'avèrent moins importantes que pour Bachar Al-Assad.

8h55 - Gilles Kepel : « Il y a une graduation. L’UE ne peut pas faire grand-chose, elle a relativement peu de leviers d’action dans la région. Il y a une aide européenne à l’Egypte, mais l’enjeu politique est tel pour les dirigeants égyptiens que ce n’est pas ça qui va les faire dévier. Pour l’instant, ils savent qu’ils peuvent compter sur une aide inépuisable de l’Arabie Saoudite ».

Sur la réaction d’Israël

8h54 - Gilles Kepel : « Ils comptent les points. Les Américains ont considéré que les Egyptiens pouvaient servir de garde-frontière sur la bande de Gaza. Morsi et le général Sissi ont fermé les tunnels de contrebande qui permettait au Hamas de recevoir des armes d’Iran. Les Israéliens considéraient que les Frères n’étaient pas un problème, leur problème, c’était le Hamas et l’Iran ».

Un soubresaut de la révolution en cours ?

8h49 - Gilles Kepel : « Quand on pense à la révolution française, ça a pris presque un siècle. Et les révolutions s’étendent, bougent. L’Egypte est le géant arabe, il est devenu obèse, s’il tombe, c’est tout le système du Moyen-Orient qui bascule. C’est pour ça que l’Arabie Saoudite a misé sur le général Sissi. Le Roi d’Arabie a apporté son soutien au général face au terrorisme, parce que les Frères sont perçus comme des rivaux pour la définition de l’Islam à travers le monde ».

Sur les Frères musulmans. Ont-ils les moyens de porter une guerre civile ?

8h47 - Gilles Kepel : « C’est la grande question. Les Frères sont très structurés, mais, à l’intérieur, un certain nombre de gens se sont dissociés. Quand Moubarak est tombé, tous les radicaux sont sortis de prison et participent désormais à la vie politique. Aujourd’hui, le leadership des Frères est soit en prison, soit en fuite, c’est la rue qui mène le mouvement. Certaines églises ont pu être brulées par des radicaux qui n’écoutent plus les consignes de leurs leaders ».

8h44 - Gilles Kepel : « La France et les Etats-Unis sont hors jeu, c'est la Russie qui mène le jeu. Les pays du Golfe sont profondément clivés. Le Qatar et la Turquie soutiennent les Frères musulmans, tous les autres sont de l’autre côté. Ce qu’il se passe dépasse les frontières de l’Egypte, le monde sunnite est en train de se cliver. Ça ne va pas s’arrêter là ».

8h41 - Gilles Kepel : « En Egypte, c’est une partie de la population contre une autre. Je n’ai jamais entendu là-bas pareille haine d’une partie de la société contre l’autre. J’ai l’impression d’entendre ce que j’ai entendu en Syrie. Bien sûr, l’Egypte n’est pas la Syrie, mais c’est une espèce de guerre des cultures entre islamistes et non islamistes. C’est le troisième moment des révolutions arabes, après la chute des dictateurs en premier, puis la victoire des Frères aux élections démocratiques. En troisième phase, les Frères perdent le soutien d’une partie de leur électorat. Ça s’est passé en Tunisie ».

8h40 - Gilles Kepel : « Aucune des parties n’est capable d’engranger une majorité. On a une énorme minorité de blocage de chaque côté, les clivages passent dans les familles, entre frères et sœurs ».

8h39 - Gilles Kepel : « Quand Morsi a voulu s’emparer des pleins pouvoirs, une frange de son électorat l’a lâché, les libéraux, les Coptes, les révolutionnaires. Ceux-là même qui avaient été réprimés par l’armée, qui sont maintenant détachés de Morsi, appuient l’armée qui réprime les Frères musulmans. L’Egypte est profondément clivée ».

8h36 - Gilles Kepel : « Le général Sissi est perçu comme un traître. Il a été mis en place par Mohamed Morsi, le président déchu, comme ministre. Quand le général Sissi faisait ses classes aux Etats-Unis, il expliquait que l’avenir de l’Egypte était islamique. Et quand Morsi a pris le pouvoir, il a considéré que Sissi serait l’homme des Frères musulmans dans l’armée ».

Revivez aussi l'émission Bourdin & Co de ce lundi matin.

Mathias Chaillot avec Jean-Jacques Bourdin