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Enfants témoins de l'attentat de Nice: "Il faut leur donner des mots simples"

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De nombreuses familles étaient présentes sur la Promenade des Anglais lors de l'attentat du 14 juillet. Deux cellules psychologiques ont été mises en place. Pour les plus jeunes témoins, il s'agit de pouvoir exprimer ce qu'ils ont vu.

Kimberley, 12 ans, sort de l'hôpital pédiatrique Lenval sur ses deux béquilles. Désormais la seule vue d'un vêtement rouge qui lui rappelle le sang des victimes de l'attentat lui est insupportable.

Et la petite fille a encore du chemin à parcourir: "J'avais même peur des médecins quand je les voyais courir, parce que pendant l'attentat tout le monde a couru. Maintenant dès que quelqu'un court, j'ai peur".

Rayan, 11 ans, n'a pas vu le camion blanc faucher les victimes sur la Promenade des Anglais mais se souvient de la panique qui a suivi: "On voyait des gens courir qui nous disaient de nous sauver, donc on a couru. On s'est réfugié dans un hôtel et on est resté là quelques heures. Là j'ai eu peur donc j'ai pleuré, j'avais la boule au ventre. Là encore, j'ai peur, il y en a d'autres qui vont se venger".

Pour évacuer ce traumatisme, il faut que ces jeunes victimes puissent s'exprimer.

"Certains sont très choqués, ils ont du mal à s'exprimer, certains ne parlent pas. D'autres parlent, expliquent. On les écoute. Un élément important c'est que beaucoup d'adultes et de parents ont réussi à protéger certains enfants de tout ce qu'il y avait à voir, explique Sylvie Serret, pédopsychiatre à l'hôpital pédiatrique de Lenval. Ensuite il faut donner des mots simples aux enfants, leur expliquer quand ils n'ont pas de mots. Sinon il faut aussi savoir attendre qu'ils nous donnent leurs mots afin que l'on puisse réajuster leur discours, ne pas non plus plaquer le discours d'un adulte sur ce qu'ils ont vécu".

"Je n'avais pas les clés pour les aider"

Les familles de ces jeunes témoins peuvent aussi prendre conseil auprès des deux cellules d'aide psychologique mises en place à Nice.

C'est le cas de Christian, le père de Noah, 6 ans et Lilou, 11 ans. Présents sur la Promenade des Anglais le soir du drame, il s'est retrouvé démuni face à la terreur de sa famille: "Au moment des faits, ils étaient tout à fait terrorisés. Ils étaient cadavériques, la maman était également extrêmement choquée. Il me fallait quelqu'un qui me donne une ligne de conduite car je n'avais pas les clés. J'ai pu rencontrer un psychologue qui m'a dit de les faire parler, dessiner de façon à ce qu'ils puissent exorciser cela. Aujourd'hui, les enfants savent qu'il peut y avoir des difficultés mais qu'ils ne sont pas seuls et que même si on parle avec émotion des faits, ce n'est pas pour autant que c'est une faiblesse".

Au total, une cinquantaine de psychologues et psychiatres sont mobilisés sur ces deux cellules d'aide.

P.B. avec Claire Checcaglini