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Enlever un tatouage? "Ça fait très mal et c'est parfois impossible"

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- - Sergei Gapon - AFP

Le Mondial du tatouage a lieu ce week-end à Paris, et réunit plus de 400 tatoueurs du monde entier. Si l'envie vous venait de vous faire tatouer, choisissez votre tatouage avec précaution, car l'enlever peut s'avérer compliqué, voire impossible, comme l'explique pour RMC.fr la dermatologue Isabelle Catoni, spécialiste du détatouage.

Isabelle Catoni, dermatologue à Neuilly-sur-Seine, spécialisée dans le détatouage, qu'elle pratique depuis 25 ans. 7 millions de Français sont tatoués. Le Mondial du tatouage se déroule à Paris du 3 au 5 mars, à Paris.

"Quand une personne vient me voir, je commence par examiner le tatouage pour vérifier s'il est possible de l'enlever ou pas. On a des tatouages qui s'enlèveront plus facilement que d'autres, et d'autres qui ne s'enlèveront jamais. Il y a deux éléments primordiaux: la couleur, et la composition de l'encre utilisée. L'idéal c'est d'avoir des tatouages noirs ou rouges. Les verts s'effacent mal, les jaunes et les bleus turquoises ne s'effacent pas. Les tatouages très colorés, avec nos lasers actuels, sont impossibles à effacer. Quant à l'encre, vous avez aujourd'hui des tatoueurs qui vont mettre des couleurs avec une encre à base de laque. Elles sont très jolies (blanches, fluorescentes…), mais nos lasers ne sont pas capables aujourd'hui de les traiter.

Pour détatouer, on utilise le laser Q-Switched, qui va 'exploser' le pigment de couleur incrusté dans la peau. Les pigments de tatouages sont comme des gros cailloux qu'on aurait mis dans la peau. Ils sont trop gros pour être éliminés naturellement par nos cellules. Le laser va alors 'éclater' ces gros morceaux de cailloux en petites couches fines comme du sable, que nos cellules de nettoyages sont capables d'éliminer.

"Le nombre de séances et le prix dépendent du tatouage"

Il est impossible de prédire le nombre de séances pour enlever un tatouage parce qu'il dépend, en plus de la couleur, de la profondeur d'incrustation du pigment dans la peau. Si le pigment est superficiel, il suffira d'une ou deux séances. S'il est profond, il faudra plusieurs séances espacées chacune de deux mois minimum pour ne pas abimer la peau.

Il m'est arrivé de ne passer que deux séances pour effacer tout un dos parce que le tatouage était très finement incrusté. Mais si le contour est dense, il va falloir que le laser supprime couche après couche, et c'est alors plus long. S'il y a eu 10 couches de pigments, il faudra 10 séances ; s'il y en a 20, il faudra 20 séances etc.

Si le tatouage est incrusté sans avoir abîmé la peau, si le tatoueur a utilisé de l'encre et pas de la laque, s'il est noir ou rouge, alors le tatouage s'efface sans laisser de trace. Si on a malgré tout des cicatrices, c'est parce que le tatouage a été mal fait, ou que le détatouage a été fait avec des séances trop rapprochées.

"Une sensation de brûlure et de piqure"

Le prix dépend des centres de détatouage, du temps passé, mais aussi de la surface du tatouage. Ça peut aller de 30 à 300 euros pour effacer un bras, par exemple.

Par contre, ça fait très mal. On sent à l'intérieur de la peau comme un choc - l'explosion du pigment -, et une chaleur intense. Il y a une sensation de brulure et de piqure. C'est très désagréable et la plupart du temps, on fait mettre une crème anesthésiante, qui parfois, n'empêche pas la douleur.

"Mes patients ont entre 30 et 40 ans"

Ce qui pousse à se faire détatouer? Parmi mes patients, j'ai souvent des personnes qui ont tatoué le prénom de leur fiancé(e) qui ne l'est plus. Ou alors, ce sont des gens qui ont fait un tatouage sur une zone très visible qui veulent l'enlever. On a aussi l'effacement de tatouages très gores, sataniques, monstrueux. Les patients ont généralement entre 30 et 40 ans, ils se sont fait tatouer à 18 ans, et ne peuvent plus se permettre de le garder maintenant qu'ils sont entrés dans le monde du travail. J'ai aussi des nouveaux parents qui n'ont pas envie que leurs enfants voient leurs tatouages.

Avant, j'avais aussi des futurs policiers (profession qui les interdisaient jusqu'à très récemment). J'ai aussi beaucoup de tatouages rituels qu'on fait dans les pays du Maghreb et qui sont interdits par certaines religions. Du coup, quand on se convertit ou qu'on se marie – les juifs ne doivent pas se présenter devant le rabbin avec un tatouage – on doit l'effacer".

Conseils aux futurs tatoués:

"Ce que je conseillerais à ceux qui veulent se faire tatouer, c'est de dire au tatoueur que l'on ne veut que du noir ou du rouge, une encre classique et pas une laque, et que la densité de couleur doit être faible.

J'entends parfois des patients qui ont demandé des petits tatouages à leur tatoueur, mais que ce dernier leur en a fait un gros. Je conseille à ceux qui veulent se faire tatouer de se faire accompagner pour être sûr d'obtenir ce que l'on a demandé".

Propos recueillis par Philippe Gril