RMC

Essai clinique à Rennes: "J'ai choisi ce test parce que je suis mère au foyer"

Une personne est morte à la suite d'un essai thérapeutique. (Photo d'illustration)

Une personne est morte à la suite d'un essai thérapeutique. (Photo d'illustration) - Fred Dufour - AFP

TEMOIGNAGE – Le patient qui était dans l'état le plus grave, suite à sa participation à un essai clinique pour un nouveau médicament développé par le laboratoire Biotral, vient de succomber. RMC a recueilli le témoignage de l'une des 90 volontaires qui ont participé à ce test.

Le patient en état de mort cérébrale, suite à sa participation à un essai clinique pour un nouveau médicament, a succombé "en milieu de journée" ce dimanche, a indiqué le Centre hospitalier universitaire (CHU) de Rennes. Cinq autres personnes sont toujours hospitalisées, et leur état de santé "reste stable", a ajouté l'hôpital.

Les 84 autres volontaires qui ont absorbé la molécule ont été contactées, et dix d'entre elles ont passé des tests. "Les anomalies cliniques et radiologiques présentes chez les patients hospitalisés n'ont pas été retrouvées chez ces 10 volontaires", souligne le communiqué de l'hôpital.

"On sait qu'il y a un risque"

La substance qui a été testée est la BIA 10-2474, un endocannabinoïde censé soigner les troubles de l’anxiété, les troubles moteurs liés aux maladies neurodégénératives, développée par le laboratoire Biotrial.

RMC a recueilli le témoignage de Verena, 43 ans, qui a suivi l’essai clinique pendant deux semaines au mois d’octobre. Elle n’a aucun symptôme et ne regrette en rien son choix d’avoir participé à cet essai.

"C'est un choix fait en connaissance de cause", explique-t-elle à RMC. "Pour l'instant, je n'ai aucune crainte. Tout se passe bien pour moi, j'ai eu de la chance. De toute façon, il y a toujours un risque, quelque part. On sait qu'il y a un risque, on ne nous le cache pas".

Verena explique qu'elle a besoin de ces essais clinique pour joindre les deux bouts:

"Moi, j'ai choisi ça parce que je suis maman au foyer", précise-t-elle. "Et si nous ne le faisons pas, les médicaments ne seront pas commercialisés. Et jusqu'à présent, il n'y a pas eu de souci".

Manque de transparence des laboratoires

Les tests des nouveaux médicaments sont strictement encadrés en Europe, mais la diffusion des résultats manque de toute transparence. Le professeur Philippe Even, l'auteur du Guide des 4000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux, regrette que les laboratoires puissent ainsi cacher les résultats défavorables.

"La moitié des essais ne sont même pas déclarés" déplore-t-il sur RMC. "C'était le cas de celui-là, qui n'était pas déclaré à l'agence nationale de la sécurité du médicament. Aucun ne communique les résultats en cours d'étude et aucun ne communique jamais la totalité des informations recueillies. Cela fait partie du secret industriel et de la propriété intellectuelle. L'expérience prouve qu'ils ne disent que ce qui les arrange. Il y a eu, ces dix dernières années, vingt grands procès aux Etats-Unis avec les plus grandes firmes, et vingt fois, les firmes ont été condamnées".

L'Agence européenne du médicament promet un site Internet, mais pas avant 2018.

C. P. avec Romain Poisot et Laurent Saigre