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Essai thérapeutique: il échappe au drame à cause d'un léger malaise avant la prise de la molécule

Le CHU de Rennes.

Le CHU de Rennes. - Damien Meyer - AFP

David Renou faisait partie du groupe qui a réalisé l'essai clinique qui a provoqué la mort d'un patient et de graves lésions neurologiques sur quatre autres, au CHU de Rennes. Mais un léger malaise avant la prise de la molécule BIA 10-2474, lui a permis d'échapper au test et d'être remplacé par un autre testeur.

C'est un petit malaise qui lui a peut-être sauvé la vie. David Renou, 43 ans, a été écarté au tout dernier moment de l’essai clinique qui a provoqué la mort d'un patient et l'hospitalisation de cinq autres après la prise d'une nouvelle molécule, dite BIA 10-2474, au CHU de Rennes. Ces six patients ont reçu une dose plus importante de la molécule que les autres groupes de testeurs sains, selon la procédure par paliers (50 mg contre de 10 à 40 pour les autres groupes, selon les informations d'RMC).

David Renou, un habitué des essais cliniques qu'il pratique au moins une fois par an depuis une vingtaine d'années, faisait partie de ce groupe de volontaires. Mais il a échappé de peu à la prise de la molécule. Invité de Jean-Jacques Bourdin ce lundi, il raconte: "Nous étions dix volontaires pour une étude prévue pour huit, mais il y avait deux jokers au cas où quelqu'un aurait quelque chose juste avant la prise de médicament. C'est ce qui m'est arrivé".

"J'ai eu une petite baisse de tension"

Les essais cliniques répondent en effet à un cahier des charges très spécifiques et sont particulièrement encadrés. "Avant de prendre la molécule, on fait un électrocardiogramme, et après on fait une prise de tension. Et au moment de la prise de tension debout, j'ai eu une petite baisse de tension", raconte David Renou. Un petit malaise qui l'écarte finalement de l'essai clinique qui va entraîner la mort d'un patient et de graves troubles neurologiques chez quatre autres (le cinquième "testeur hospitalisé" ne présente pas de symptômes, NDR).

Prévu pour être le volontaire n°6, il est finalement remplacé par un des deux "jokers". Une déception, d'abord. "J'ai été remplacé à mon grand dam, parce qu'il y a un peu d'argent à la clé (jusqu'à 4.500 euros annuels pour les volontaires, NDR) et je n'avais jamais eu d'effets très indésirables lors des autres tests que j'ai effectués. Mais le docteur a respecté le protocole, et il m'a demandé de quitter l'étude et m'a fait remplacer par un joker".

"La foudre ne tombe pas deux fois au même endroit"

David Renou a commencé les essais cliniques de molécules quand il avait une vingtaine d'années, d'abord pour l'argent, reconnaît-il. "Mais on se dit ensuite que c'est peut-être une façon d'aider nos proches qui sont malades". Aujourd'hui, malgré la conscience d'être passé très près d'un drame, il assure qu'il va poursuivre les essais cliniques. "La foudre ne tombe pas deux fois au même endroit, explique-t-il. Et là les restrictions sur ce type d'essais vont être encore plus drastiques, donc il y aura encore moins de risque qu'il arrive quelque chose".

Philippe Gril avec JJ. Bourdin