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Ex-jihadistes libérés: "Ils n’ont pas compris qu’on allait les utiliser comme chair à canon"

Deux ex-candidats au jihad ont été libérés de prison. (Photo d'illustration)

Deux ex-candidats au jihad ont été libérés de prison. (Photo d'illustration) - AFP

[TEMOIGNAGE] - Deux savoyards, ex-candidats au jihad en Syrie, ont été libérés de prison après quatre mois de détention provisoire. Pourquoi deux jeunes hommes ont tout plaqué pour partir dans un pays en guerre, pour revenir en France trois semaines plus tard?

C'est une décision inédite en France: deux savoyards, ex-candidats au jihad, ont été libérés de prison! Âgés de 26 et 27 ans, ces deux hommes avaient rejoint la Syrie en février 2014 avec femmes et enfants.

Quatre mois de détention provisoire

Mais après trois semaines en Syrie, ils décident de rentrer en France. Et c'est en novembre dernier qu'ils sont écroués pour "association de malfaiteurs en vue de la préparation d'actes terroristes".

Finalement, samedi 7 mars, ils sont relâchés après quatre mois de détention provisoire dans les prisons de Meaux et de Fleury-Mérogis. Le juge des libertés et de la détention a estimé qu'ils n'étaient pas dangereux, qu’ils n’avaient pas le profil de combattants. La chambre de l'instruction de la Cour d'Appel de Paris a décidé de les remettre en liberté, même s'ils restent mis en examen.

"Ils pensaient qu'en Syrie, on pouvait vivre une vie meilleure"

Pourquoi ont-ils tout plaqué pour partir dans un pays en guerre?

"Ce sont des jeunes qui sont partis avec un idéal de vie, pour faire ce que l’on appelle l’Hijra, explique Me Xavier Noguera, l'avocat de l'un des deux jihadistes présumés à RMC. C’est une migration vers un pays qui applique la loi islamique. Ils ont fait l’erreur de penser qu’en Syrie, on pouvait vivre une vie meilleure."

"Ils ont été complètement manipulés!"

Un contact sur place leur aurait promis une maison, une vie meilleure où les musulmans ne sont pas stigmatisés. Arrivés là-bas, les deux hommes auraient très vite déchanté: les bombardements, la violence et surtout le jihad. On leur aurait proposé de prendre les armes. Refusant de se battre, ils auraient tout fait pour rentrer en France.

"Ce qu’ils n’ont pas compris, c’est qu’ils arrivent dans un pays en guerre, et qu’on allait les utiliser comme chair à canon, reprend Me Xavier Noguera. On leur a proposé de rejoindre un groupe armé: ils ont immédiatement refusé! Ils ont été complètement manipulés! Ils le crient depuis le début! C’est un mélange d’idéalisme et d’inconscience… "

Ils risquent dix ans de prison

Trois semaines plus tard, ils rentrent chez eux, à Albertville. Ils reprennent leur travail: l'un est maçon, l'autre chauffeur de bus. Et ils sont interpellés, huit mois après leur retour de Syrie. Les juges décident finalement de les libérer.

Les deux hommes, placés sous contrôle judiciaire, attendent leur jugement pour "association de malfaiteur en lien avec une entreprise terroriste". Ils encourent une peine de dix ans de prison.

C. P. avec Romain Poisot