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"Expliquez-nous": ce qu'il faut savoir du plan de paix de Donald Trump pour résoudre le conflit israélo-palestinien

Tous les matins à 7h50, Nicolas Poincaré propose sur RMC une chronique pédagogique mais personnelle sur une actualité du jour. Aujourd'hui: zoom sur le plan de paix dévoilé par Donald Trump pour le Proche-Orient.

Que faut-il en penser? Le président américain Donald Trump a dévoilé mardi un plan de paix pour le Moyen-Orient qui accorde à l'Etat hébreu nombre de concessions et a été rejeté avec véhémence par les autorités palestiniennes.

Depuis les salons de la Maison Blanche, il a vanté, sur une tonalité résolument optimiste, un projet "gagnant-gagnant" avec une solution réaliste à "deux Etats". Mais il a surtout donné des gages à son "ami" Benjamin Netanyahu, debout tout sourire à ses côtés, parmi lesquels la reconnaissance de Jérusalem comme "capitale indivisible".

Si le Premier ministre israélien a salué "une journée historique", le président palestinien Mahmoud Abbas, qui a refusé ces derniers mois les offres de dialogue du tempétueux président, a affirmé que le plan ne passerait pas. Le Hamas, qui contrôle la bande de Gaza, enclave palestinienne de deux millions d'habitants séparée géographiquement de la Cisjordanie, a aussi rejeté la proposition américaine. 

Ce plan de Donald Trump est, en vérité, un plan américano-israélien, préparé en concertation entre les Américains et les Israéliens, sans aucune participation palestinienne. Autre symbole: il a été présenté à la Maison blanche par Donald Trump et par le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu... devant une salle entièrement acquise à la cause israélienne, sans aucun représentant palestinien. Au moins Trump ne fait pas semblant d'être neutre. Il a tweeté dans la soirée en hébreu: "Je serai toujours au coté du peuple Juif". Les choses sont claires…

Que prévoit cet “accord du siècle”?

Pour les palestiniens, la création d’un état, d’un seul tenant. Pour l’instant les territoires palestiniens sont divisés en deux: Gaza et la Cisjordanie. Pour les relier, le plan prévoit la création d’un tunnel, d’une trentaine de kilomètres, presque le Tunnel sous la manche, mais sous Israël.

Cet état palestinien serait deux fois plus grand que les actuels territoires. Notamment par la création de deux grandes zones industrielles et agricoles tout au sud, près de Gaza le long de la frontière égyptienne. Pour l’instant, c’est un désert.

Cet état palestinien aurait une capitale à l’est de Jérusalem. C’est à dire pas dans la vieille ville de Jérusalem mais dans les banlieues est. Et les Etats-Unis y ouvriraient une ambassade. Enfin si les Palestiniens acceptent ce plan, ils recevront des aides de 50 milliards de dollars sur dix ans, pour permettre la création d’un million d’emplois.

Les Etats-Unis fixent d'ailleurs des conditions: le futur état palestinien renoncerait au terrorisme, il accepterait les nouvelles frontières, désarmait, le Hamas, le Hezbollah et tous les groupes militaires. Et surtout il renoncerait au droit au retour. C’est a dire le droit que réclament les Palestiniens expulsés en 1948 de pouvoir rentrer un jour. L’accord précise que la question des réfugiés palestinien se réglera en dehors d'Israël... 

Et pour les Israéliens? A peu près tout ce qu'ils réclament depuis toujours: que Jérusalem, une et indivisible, soit leur capitale. Que toutes les colonies installées dans les territoires palestiniens soient reconnues comme faisant définitivement partis d'Israël… Et que la vallée du Jourdain, c’est à dire toute la zone le long de la frontière avec la Jordanie soit également définitivement annexée à Israël... 

Ce plan de paix est-il déjà mort?

Il ne s’appliquera pas pour les Palestiniens qui n’en veulent pas. Il n’y aura donc pas de tunnel, pas l’aide de 50 milliards de dollars. Pas de capitale palestinienne a l’est de Jérusalem avec une ambassade américaine. Pas de grandes zones industrielles et agricoles qui aurait doublé la surface de la bande Gaza… 

En revanche, comme les Israéliens acceptent ce plan, la partie les concernant va s’appliquer... sans attendre. Dès dimanche, le conseil des ministres va décider de l’annexion de la vallée du Jourdain et de toutes les colonies juives en territoire palestiniens, petites et grandes. Il y en a une quinzaine.

Les Israéliens vont pouvoir construire des routes, des tunnels et des murs de protections pour désenclaver ces colonies. On comprend pourquoi Netanyahu a dit mardi que le peuple Juif serait éternellement reconnaissant a Donald Trump pour ce plan…

Reste à voir maintenant la réaction palestinienne: les premiers incidents ont eu lieu en Cisjordanie, dès la fin de la conférence. Washington déconseille fortement a ses ressortissants tous déplacements en Cisjordanie ou même dans la vieille ville de Jérusalem. 

Nicolas Poincaré