RMC

"Expliquez-nous": qui est vraiment Cédric Villani?

La bataille pour la mairie de Paris s’annonce passionnante et très ouverte. Le mathématicien Cédric Villani devrait annoncer mercredi soir sa candidature dissidente.

C’est un personnage très atypique dans le paysage politique français. En tout cas, c’est un homme qui soigne son image d'original. Quand il était pensionnaire à Normal Sup', la prestigieuse école de la rue d’Ulm, il s'entraînait dans les couloirs au monocycle, ces vélos de clowns à une roue. C’est à la même époque qu’il s’est confectionné son look pour se démarquer, pour ne pas être comme tout le monde. Des cheveux longs, un costume trois pièces, une lavallière, ce gros foulard noué comme un noeud papillon et une grosse broche araignée à la boutonnière. Pourquoi les araignées ? On ne sait pas, il n’a jamais voulu le dire.

Ajoutez à ce look d’un autre temps, un regard qui brille, un débit de parole un peu particulier, assez lent, et voilà comment il s’est construit l’image d’un doux-dingue-sympathique. Ce qu’il n’est pas. Doux dingue, en tout cas!

Sa carrière est celle de quelqu’un de très sérieux, et d’un scientifique de haut niveau. Agrégation de maths, enseignant à Normal Sup', chercheur aux Etats-Unis et finalement médaille Field, la plus haute récompense mondiale pour un mathématicien.

 Il l’a eu en 2010, juste à temps parce qu’elle est réservée au moins de 40 ans et qu’elle n’est attribuée que tous les quatre ans. En 2010, c'était sa dernière chance. Dans son livre Théorème vivant, il raconte son obsession pour cette médaille. Son angoisse de ne pas l’avoir, puis finalement son immense joie et sa fierté lorsqu’il la décrochée. Autrement dit, il ne cache pas, qu’il est assez orgueilleux et en tout cas très ambitieux.

Benjamin Griveaux, le candidat investi par La République en Marche, ne l’a sans doute pas pris assez au sérieux. Dans des propos privés rapportés par Le Point et qu’il n’a pas démenti, il disait en parlant de Cédric Villani: "Il n'a pas les épaules pour encaisser une campagne de cette nature. Il ne verra pas venir les balles, il va se faire désosser".

Cédric Villani a mal vécu ces propos méprisants, de même qu’il n’a pas apprécié du tout que la commission d'investiture d’En Marche choisisse Griveaux à l'unanimité. Une procédure viciée selon lui.

Et c’est donc aussitôt après, dès la mi-juillet que le mathématicien a commencé à envisager de se présenter en dissident. Tout l’été, il a laissé dire qu’il était très déterminé, et il ne s’est pas opposé à un texte de soutien signé par 131 personnalités dimanche dans le Parisien. ll devrait donc confirmer sa candidature mercredi soir, puis s’expliquer sur RMC jeudi matin.

Personne ne connaît ses chances de succès, mais Cédric Villani a sans doute fait un calcul de probabilité, et estimé que ces chances étaient non nulles pour utiliser le vocabulaire des maths. C’est un scrutin par arrondissement toujours très difficile à prévoir…

Mais il fait le pari que les électeurs ne voudront pas du choix entre Anne Hidalgo et Benjamin Griveaux. Qu’une fois de plus, on va vouloir faire sortir les sortants. Il va chercher à s’allier avant ou après le premier tour, aux écolos et aux petits candidats, par exemple Gaspard Gantzer et sa colistière Isabelle Saporta, compagne de Yannick Jadot, ou par exemple encore Pierre-Yves Bournazel, candidat de centre droit dissident. Il espère un rassemblement autour de lui, des écologistes jusqu'à la droite progressiste. Un rassemblement sur lequel il travail mais qui pour l’instant n’existe que dans ses rêves.

Benjamin Griveaux, lui, commence à sentir le danger. Il lui a écrit la semaine dernière pour lui proposer une sorte de place de numéro deux, de piloter toute la campagne à ses côtés. Cédric Villani ne lui a pas répondu. Apparemment, à 45 ans, il n’est plus intéressé par les places de numéro deux.

Politiquement, il se dit, ni de droite, ni de gauche, ni du centre. Il a été de gauche puisqu’il présidait le comité de soutiens à Anne Hidalgo en 2014. Il s’est dit ensuite déçu par la maire de Paris et il s’est fait élire député La République en marche de l’Essonne. Il pourrait bientôt ne plus faire partie du mouvement macroniste puisque son patron Stanislas Guérini a indiqué qu’il serait exclu dans la minute s’il se présente contre le candidat officiel. Gilles Le Gendre, le président du groupe des députés La République en marche à l'Assemblée, s’est prononcé contre cette sanction.

Nicolas Poincaré