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Faut-il arrêter de manger de la viande et de la charcuterie? L’avis des spécialistes

Les viandes à l'exception de la volaille, pourraient favoriser le cancer, selon une étude internationale. Mais selon la présidente de l’Institut national du cancer, elle ne "préconise pas d’arrêter de manger de la viande et de la charcuterie".

Soupe à la grimace pour les amateurs de cochonnailles , entrecôtes et autres andouillettes: les viandes à l'exception de la volaille, pourraient favoriser le cancer, selon une étude internationale.

En se basant sur plus de 800 études, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), l'agence cancer de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), a classé lundi la viande transformée, essentiellement la charcuterie, dans la catégorie des agents "cancérogènes pour l'homme", tandis que les viandes rouges - qui, selon le CIRC, incluent le porc et le veau - ont été classées comme "probablement cancérogènes.

Ce mardi, RMC organisait un débat entre Christian Le Lann, président de la confédération française de la boucherie-charcuterie-traiteurs et Agnès Buzyn, présidente de l’Institut national du cancer. Cette dernière est d’abord revenue sur l’objectif exact de cette étude.

"Des raccourcis sont faits, car on n’a pas le temps d’expliquer", explique-t-elle. "Les études de l’OMS qualifient la qualité des études. Et quand on classe la viande ou la charcuterie en niveau avéré, c’est simplement des études déjà publiées. Cela ne veut pas dire que le niveau de risques soit très important."

"Des études anciennes"

"Les études sont anciennes", a-t-elle poursuivi. "C’est un fait connu des scientifiques, que charcuterie et viande rouge sont des facteurs de risques colorectaux. Donc il faut en manger avec modération. Cette étude ne préconise pas d’arrêter de manger de la viande et de la charcuterie. C’est l’excès qui augmente le risque. Il faut essayer ne pas en prendre à tous les repas et de modérer sa consommation autour de 500 grammes par semaines."

"Je pense que le fait que la viande puisse être facteur de cancer colorectal n’est pas nouveau, des études ont déjà était réalisées là-dessus", a jugé de son côté Christian Le Lann. "Mais le problème réside dans la manière dont cela a été fait hier (lundi, ndlr) avec un emballement médiatique de folie".

"J’ai entendu des scientifiques parler, et ils ne disent pas d’arrêter de la viande" a-t-il continué. "Il faut en consommer avec modération et manger en priorité de la bonne viande. Il y a des fléaux plus importants."

C’est également l’avis d’Agnès Buzyn. "Le tabac, l’alcool, la sédentarité sont des facteurs de risques beaucoup plus importants que l’alimentation en viande".

"Mangez-en un peu moins mais de la très bonne viande"

Christian Le Lann craint pour une filière déjà secouée par plusieurs sandales et une situation financière préoccupante. "Ma peur est qu’on ait une filière viande fragile", souligne-t-il. "Il faudrait penser à tous ces éleveurs qui sont parfois dans des conditions catastrophiques. J’ai confiance dans les scientifiques, il ne faut pas nous opposer, je suis pour une alimentation beaucoup plus équilibrée."

La présidente de l’Institut national du cancer a précisé que "les études ne permettent pas de conclure sur le fait que la viande crue soit moins nocive. Concernant la charcuterie, le problème vient des modes de salaisons (qui contiennent du sel et du nitrate), et qui permettent de conserver la charcuterie longtemps. Nous préconisons d’en prendre le moins possible."

Et le mot de la fin pour Christian Le Lann : "Autant prendre du plaisir quand vous manger de la viande", conseille-t-il. "Mangez-en un peu moins, mais de la très bonne viande."