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Foire du Trône: "les gens fantasment toujours un peu sur la vie de forain"

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- - CC/Lucaniste

La Foire du Trône commence ce vendredi à Paris. Avec cinq millions de visiteurs chaque année, c'est la plus grande de France. Un rendez-vous que ne manque jamais Karl, qui tient un stand d'auto-tamponneuse. Pour ce trentenaire, c'est une affaire de famille: ses parents, grands-parents et arrière-grands-parents étaient forains.

Karl, 30 ans, est forain:

"J'ai un stand avec des auto-tamponneuses et des machines avec des pinces. J'ai toujours fait ce métier. Mes parents étaient forains, mes grands-parents étaient forains et mes arrière grands-parents aussi. J'ai été élevé dans ce métier, là, je n'ai rien connu d'autre et je n'ai jamais pensé à faire autre chose. Et j'ai rencontré mon épouse à la fête foraine, elle aussi est fille de forains.

Mes parents avaient un train-fantôme. Et j'ai récupéré les auto-tamponneuses de mes beaux-parents qui eux-mêmes les tenaient de leurs parents.

Mes grands-parents, eux, avaient une brasserie-rôtisserie, ils faisaient du cochon grillé. Mes arrière grands-parents avaient des baraques de guignol, à cette époque-là la fête foraine c'était différent. Aujourd'hui c'est la sensation, avant c'était du spectacle, c'était autre chose.

"Mon arrière-grand-mère vivait dans une roulotte en bois"

Je me rappelle de la caravane de mon arrière-grand-mère. Elle y est restée jusqu'à 75 ans. C'était une roulotte en bois. L'hiver, il faisait froid, ils n'avaient pas l'eau courante parce que l'eau gelait, ce n'était pas la même vie. Moi j'ai une caravane de 60 mètres carrés avec tout le confort d'un appartement.

Les gens fantasment toujours un peu sur la vie de forain. Quand on est petit, on va à l'école normalement, la seule chose qui change, c'est que l'on change d'école tous les mois ou tous les deux mois. Dans la tête d'un enfant, c'est totalement normal. Moi ça ne m'a jamais dérangé de changer d'école. Chaque année, dans chaque fête foraine, je retrouvais les copains de l'année d'avant. Donc j'ai eu des copains que j'ai suivis pendant plusieurs années.

Ça se complique quand on grandit et qu'il faut faire un choix pour le collège. Soit on part en internat, soit on arrête l'école. Moi j'ai arrêté l'école, mais c'est un vrai choix avec les parents. Donc on est tôt dans les responsabilités, parce que si on arrête d'aller à l'école, ce n'est pas pour ne rien faire! On commence à aider les parents et à être dans la vie active.

"Pour les enfants, c'est génial"

J'ai toujours aimé ce métier, on conduit des camions, on fabrique des choses. Beaucoup de manèges sont améliorés par les forains, donc on est des touche-à-tout. C'est un travail prenant qui m'a tout de suite plu. Pour les enfants, c'est génial, même si au bout d'un moment, on est blasé de tout ça. Moi vous ne me ferez jamais monter dans un manège, parce que j'ai peur. J'aime la beauté des fêtes foraines, mais jamais je ne monterai dans un manège.

Nos enfants sont bercés dans notre travail. Je ne pense pas qu'il y ait beaucoup de métier où les enfants sont avec leurs parents aussi souvent dans le travail. En plus à la Foire du Trône, nos caravanes sont sur le site, donc on vit au rythme de la fête foraine.

Moi, quand j'étais petit, il y avait le mur de la mort: c'était un cercle avec des motos qui tournaient à l'intérieur. J'ai passé des heures à regarder ça! Ma mère avait aussi un spectacle qui s'appelait Gorilla, c'était une femme qui se transformait en gorille, mais maintenant ça n'existe plus, ça n'intéresse plus les gens. Mon fils peut rester des heures sur le stand d'auto-tamponneuses. C'est vrai que les enfants chez nous ne filent pas faire leurs devoirs en sortant de l'école: ils vont aller manger une crêpe ou une gaufre et faire quelques tours de manège.

"On se retrouve tous"

La Foire du Trône est toujours importante. C'est notre premier événement de l'année. Et il y a beaucoup de familles, donc on se retrouve tous. En plus on vit tous sur le site, donc c'est vraiment un village qui s'installe.

On bouge toute l'année. Là on est à Paris, ensuite on va partir dans le Sud, on va remonter à Lille, Rouen, et puis ça tourne comme ça pratiquement toute l'année. Le circuit est programmé en amont. On ne décide pas trop de l'itinéraire que l'on suit. Moi mes emplacements je les ai récupérés de mes parents, de mes grands-parents, de certains oncles. Quand on a un emplacement, on le transmet dans la famille. Il est difficile d'avoir un nouvel emplacement, donc quand on en a un on le garde, c'est un peu comme une licence de taxi.

L'hiver chaque forain rentre sur son terrain. On en profite pour réviser le matériel. Moi, j'ai un terrain sur lequel je rentre avec ma caravane à côté de Deauville. Mais pour rien au monde je ne vivrai dans une maison, je veux rester dans ma caravane. On est habitué à y vivre, on a du mal à se poser dans une maison. Moi, j'aime mon métier et de toute façon je ne vois pas ce que je pourrais faire d'autre. J'aimerais que mon fils fasse ce métier mais je ne le forcerai jamais à faire ça. S'il a d'autres ambitions je l'aiderai".

Propos recueillis par Paulina Benavente