RMC

Fraude à la TVA sur la taxe carbone: un des auteurs présumés du "casse du siècle" raconte

TEMOIGNAGE RMC - Marco Mouly est l'un des personnages principaux de cette affaire. Selon les juges d'instruction, il est très impliqué aussi bien dans le montage que dans le financement de la fraude et son blanchiment. Les douaniers ont saisi un de ses appartements parisiens 17 manteaux de fourrure et 47 sacs de luxe. Ce lundi, sur RMC, il raconte.

Pour la Cour des comptes, c'est "l'arnaque du siècle". L'escroquerie à la TVA sur la taxe carbone a coûté 1,7 milliard d'euros à l'Etat (cinq milliards en Europe, selon Europol). Une escroquerie en un temps record: un peu plus de 6 mois, de novembre 2008 à juin 2009. De l'argent qui aurait pu servir à financer des hôpitaux, des routes, des écoles... Une des équipes qui a monté cette arnaque est jugée à partir de lundi devant le Tribunal correctionnel de Paris, accusée d'avoir détourné 283 millions d'euros de TVA. Au total 12 personnes sont mises en examen mais la moitié sera absente au procès car en fuite en Israël. Parmi les suspects, Marco Mouly. Selon les juges d'instruction, il est très impliqué dans cette affaire, aussi bien dans le montage que dans le financement de la fraude et son blanchiment.

Quand nous le rencontrons pour l'interview, un de ses amis plaisante: "Marco? L'homme qui vaut un demi milliard..." "Faux", répond Marco Mouly, qui nous assure avoir déclaré un peu plus de 200.000 euros de revenus ces dernières années. Des ressources "sans rapport avec son train de vie" assurent les juges dans l'ordonnance de renvoi, qui mettent en avant un appartement acheté 4 millions d'euros en 2011 à Paris, ainsi qu'un prêt de 4 millions d'euros à Thierry Leyne, l'ancien associé de Dominique Strauss-Kahn, en 2012. Les douaniers ont aussi saisi 8 montres, 17 manteaux de fourrure et 47 sacs de luxe.

Interrogé en exclusivité par RMC, Marco Mouly explique son rôle dans cette arnaque à la TVA sur la taxe carbone. A l'en croire, son rôle se limite à l'ouverture de deux comptes bancaires sur lesquels a transité l'argent de l'escroquerie, l'un à Chypre l'autre en Tunisie.

"Je croyais que c'était de l'oxygène pour les pompiers"

"J'avais une petite dette envers un ami. Il m'a dit d'ouvrir ces deux comptes et qu'ensuite on serait quittes. Je lui ai dit 'OK', assure-t-il ce lundi sur RMC. Une fois ces comptes ouverts je lui ai fait remarquer qu'il y avait beaucoup d'argent dessus. Je l'ai interrogé pour savoir d'où cela venait, dans quelle affaire il traînait. Il m'a répondu que cela ne me regardait pas…"

La "petite dette" se serait quand même élevée à 900.000 euros, auxquels son ami aurait ajouté 500.000 euros pour services rendus. "Il m'a donné un peu de sous pour me faire fermer ma gueule (sic) et laisser les comptes ouverts", justifie Marco Mouly avant d'indiquer: "Je ne suis pas allé chercher le carbone, le carbone est venu à moi. Je croyais même que c'était de l'oxygène pour les pompiers". Difficile de le croire sur parole...

L'Etat complice?

Les juges qui l'ont entendu estiment d'ailleurs sobrement que "Marco Mouly ment parfois". Comme lorsqu'il est contrôlé, de retour de Suisse, en juillet 2010, en compagnie de sa femme avec 100.000 euros en espèces cachés dans une boîte de mouchoirs et qu'il donne l'identité de son frère. Il explique aussi n'avoir compris l'escroquerie que trop tard. Une escroquerie trop facile selon lui. "C'est comme si des braqueurs allaient braquer une banque et qu'un commissaire de police se trouve devant celle-ci pour leur dire de prendre ce chemin plutôt que celui-ci car des policiers les attendent", compare-t-il. Marco Mouly va plus loin en estimant l'Etat est complice dans cette affaire.

"Les gens ouvraient des sociétés à 1.000 euros et ils avaient 10 à 15 millions d'euros sur leur compte donc ne me dites pas qu'ils ne sont pas aidés par l'Etat. Par qui l'auraient-ils été autrement?" Dans cette affaire, Marco Mouly risque 10 ans de prison et un million d'euros d'amende pour escroquerie en bande organisée au préjudice de l'Etat. Et il devra rembourser solidairement la TVA escroquée s'il est condamné.

A la veille de son procès, il assure toutefois faire confiance au président de la chambre correctionnelle. Ce qui le préoccupe davantage, c'est sa veste qu'il craint trop décontractée pour l'interview filmée. Fidèle à son surnom, "Marco l'élégant", il précise tout de même qu'il l'a acheté "2.000 euros le matin même" dans une boutique de luxe. Après vérification, elle coûte 985 euros...

Retour sur une arnaque hors normes

Surnommé la "Lady Gaga des affaires" par certains escrocs, cette fraude consistait à revendre TTC des quotas de CO2 achetés hors taxe et à disparaitre en empochant la TVA, généreusement avancée par l'Etat Français. Ces quotas, sous la forme de droits à émettre du C02, ont été mis en place en Europe pour inciter les entreprises à moins polluer. Mais en imposant la TVA sur les transactions, sans les contrôler, l'Etat français a créé une faille dans le système.

Une faille largement exploitée par des escrocs du milieu des affaires franco-israélien capables d'apporter beaucoup de liquidités au départ. Capables aussi de gérer le circuit financier: c'est à dire qu'ils détenaient aussi bien les sociétés qui vendaient ces quotas HT que celles qui les rachetaient TTC. Pour cela, ils utilisaient des prête-noms, et encaissaient l'argent sur des comptes bancaires ouverts à l'étranger au nom de société farfelues comme Fantômas ou Bon Pasteur.

Dès le mois de novembre 2008, la Caisse des dépôts et consignations qui gérait le registre des quotas de CO2 a rapidement fait part de ses soupçons de fraude à Tracfin, la cellule anti-blanchiment de l'Etat. Le cabinet du ministre du Budget de l'époque, Eric Woerth, a aussi été averti, tout comme celui de la ministre de l'Economie Christine Lagarde. Mais la décision politique s'est fait attendre.

Il a fallu six mois à l'Etat pour réagir après avoir été alerté et après avoir perdu… 1,7 milliard d'euros. 

Maxime Ricard avec Claire Andrieux