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Fusion des villages et petites intercommunalités: économies en vue ou perte d'identité?

Un village de Haute-Savoie.

Un village de Haute-Savoie. - JP. Clatot - AFP

Selon l'Assemblée des communautés de France, 700 collectivités vont disparaître d'ici le 1er janvier 2017, sous la pression de l'État, pour faire des économies. Reportage dans une petite intercommunalité de Haute-Savoie, où les habitants vont décider dimanche par référendum s'ils acceptent la fusion. Sur place, les sentiments sont partagés.

Se rassembler pour mieux résister… ou perdre son identité. Conséquences de la réforme territoriale et de la baisse des dotations de l'Etat, deux mesures engagées ces derniers mois, des villages, des communautés de communes fusionnent pour ne pas disparaître. Pour faire des économies de fonctionnement, l'État a demandé aux préfets d'établir une nouvelle carte des intercommunalités et de les mutualiser, comme pour les régions. Selon l'Assemblée des communautés de France, 700 collectivités vont disparaître d'ici le 1er janvier 2017.

Dans le même temps, les petits villages tentent de résister au coup de rabot de la baisse des aides de l'Etat : moins 11 milliards d'euros, là aussi, d'ici 2017. Du coup, elles se rapprochent et fusionnent pour survivre.

"Qui va s'occuper de nos communes ?"

RMC s'est rendue en Haute-Savoie, tout près d'Annecy, dans une communauté de communes de neuf villages : le Pays de la Fillière. Les 17.000 habitants vont voter par référendum ce dimanche 11 octobre pour dire si, oui ou non, ils souhaitent devenir une seule et nouvelle commune.

Et le moins que l'on puisse dire, c'est que l'issue est incertaine tant les habitants sont plutôt partagés sur ce référendum. "Je suis plutôt pour cette fusion, parce que nos communes sont trop petites et pour avoir du poids face aux grandes communes, il faut évoluer", estime une habitante qui va voter oui. Mais "si demain on n'a plus de maires, plus d'adjoints, qui va s'occuper de nos communes ? Et s'il y a des problèmes dans la commune, qui on va aller voir ? Plus personne", s'inquiète un autre, qui lui votera non.

"Fusionner pour financer les projets"

Pour les élus partisans de cette fusion, l'argument est d'abord économique. "Sur trois ans, fusionner nos neuf communes permettra d'éviter un manque à gagner de 1,8 millions, explique Christian Rophille, le maire de Saint-Martin-Bellevue. Aujourd'hui on a des choses à faire entendre, notamment en matière de transports et d'équipements publics. On a la chance avec ce regroupement de redémarrer avec une feuille blanche. Notre place est dans l'agglomération d'Annecy, en étant en position de force pour discuter".

Xavier Piquot, le maire des Ollières, abonde dans ce sens. "On souhaite créer un groupe scolaire, mais concrètement ça coûte beaucoup d'argent et notre commune ne pourra pas le financer toute seule, sauf à diminuer les impôts ou à supprimer d'autres services", prévient-il.

"Ce sera une âme artificielle"

Mais du côté du non, la principale crainte, c'est "la perte d'identité", qui se retrouverait dissoute. "Nos communes ont une âme, et je ne suis pas persuadé que dans une commune nouvelle on retrouve cette âme. Ce sera une âme artificielle. Et ce qui compte pour nous c'est la proximité avec nos habitants", s'inquiète le maire de Charvonnex, Jean-François Gimbert.

Si le oui l'emporte, dimanche, les habitants seront de nouveau consultés dans les semaines à venir pour choisir le nom de leur nouvelle commune.

Philippe Gril avec Gwenaël Windrestin