RMC

Gabon – L'opposant d'Ali Bongo inquiet pour sa sécurité: "Je peux être arrêté d'un moment à l'autre"

Des heurts ont éclaté mercredi après l'annonce des résultats de l'élection présidentielle gabonaise.

Des heurts ont éclaté mercredi après l'annonce des résultats de l'élection présidentielle gabonaise. - Marco Longari - AFP

TÉMOIGNAGE RMC - Après la victoire controversée d'Ali Bongo à l'élection présidentielle gabonais, son opposant Jean Ping a confié jeudi sur RMC ses craintes pour sa sécurité alors que son QG de campagne a été attaqué pendant la nuit.

Libreville au Gabon s'est réveillée jeudi matin après une nuit de violences. La veille, les résultats de l'élection présidentielle donnant vainqueur le sortant Ali Bongo avaient déclenchés des heurts dans la capitale. Cette nuit, les violences ont éclaté contre le camp de l'opposant et candidat Jean Ping, explique-t-il sur RMC.

"Depuis 1h du matin, la garde présidentielle, la police et quelques mercenaires bombardent notre quartier général par hélicoptère. Ensuite ils ont procédé à une attaque au sol, ils ont tout cassé dans notre quartier général, ils ont arrêté tout le monde. Nous avons enregistré deux morts et plusieurs blessés", raconte le chef de file de l'opposition.

Il explique également que les ambulances ont reçu l'interdiction d'accéder à son QG où les morts n'ont pas pu être évacués.

"Ils sont en train de s'acheminer vers moi"

D'après les résultats officiels, Ali Bongo aurait obtenu 49,8% des voix contre 48,23% pour son adversaire. Des résultats que conteste Jean Ping qui ne se fait guère d'illusion sur la suite des choses après cette nuit agitée. 

"Je peux être arrêté d'un moment à l'autre. Ils sont en train de s'acheminer vers moi probablement, pour m'arrêter (...). Ma sécurité d'ici peut-être une demi-heure, elle sera violée. Mon intégrité physique peut-être", poursuit l'opposant gabonais. 

Joint de nouveau vers 10 heures, Jean Ping explique être retranché dans un endroit qu'il garde secret: "Je suis quelque part et je n'en sors pas. Je crois qu'ils pensaient que j'étais au siège avec les autres dirigeants".

Ali Bongo "mérite d'aller à La Haye"

Alors que la situation reste encore confuse à Libreville notamment sur le nombre de victimes, depuis Paris, le ministère des Affaires étrangères a exprimé sa "vive préoccupation" face aux violences et appelé à "la plus grande retenue" des deux parties. De son côté, Jean Ping s'adresse à la communauté internationale et plus directement à la France.

"Nous demandons l'intervention de toute la communauté internationale, de l'Union européenne, des Etats-Unis mais plus particulièrement la France en raison des liens qui existent avec le pays (...) Autrement, cela ressemblerait à une non-assistance à peuple en danger", juge-t-il. 

Jean Ping continue de contester la victoire de son adversaire, au pouvoir depuis 2009 après avoir pris la succession de son père Omar Bongo. Il souhaite qu'un recompte des voix soit organisé et supervisé par la communauté internationale.

Alors qu'ils appartenaient encore jusqu'en 2014 au même camp, les deux candidats se sont livrés à une campagne virulente. Les deux hommes se connaissent bien pour avoir tous les deux évolués comme ministres sous Omar Bongo. Jean Ping a également été le compagnon de la fille de l'ancien dirigeant gabonais. Mais désormais, il réclame des sanctions internationales contre son adversaire. "C'est quelqu'un qui mérite d'aller à La Haye, il faut l'envoyer à La Haye", demande-t-il. Il dénonce "un coup d'Etat électoral" suivi d'un "coup de force militaire".

C. B avec Charlotte Peyronnet