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Georges, père de Lola, décédée au Bataclan: "C'était une citoyenne du monde, un être de paix"

Des proches, des familles ou des anonymes, venus rendre hommage aux victimes du Bataclan, dimanche 15 novembre.

Des proches, des familles ou des anonymes, venus rendre hommage aux victimes du Bataclan, dimanche 15 novembre. - Miguel Medina - AFP

Georges, Jean-Marie et Laurence ont perdu leurs filles, fauchées au Bataclan vendredi soir par les kamikazes, comme 86 autres personnes. Malgré la douleur, ce sont des messages de paix qu'ils ont voulu transmettre sur RMC.

Leurs enfants étaient seulement partis vivre leur passion pour la musique et écouter un de leurs groupes favoris. Leur destin a été brisé par la folie meurtrière des kamikazes, vendredi soir au Bataclan. Malgré la douleur, on est frappé par leur dignité. Georges Salines a perdu sa fille, Lola, âgée de 28 ans. Mais avant d'apprendre la terrible nouvelle, il y a eu l'attente interminable... "Ça a été la pire journée de ma vie, confie-t-il à RMC. Quand on a appris les évènements, on a appelé le téléphone de Lola qui ne répondait pas. On a aussi appelé le numéro mis en place par le ministère de l'Intérieur qui ne répondait pas non plus pendant de très longues heures, parce qu'il était saturé. Ce n'est qu'à 18 heures (samedi) qu'on a eu confirmation du pire".

"Abattre les barrières plutôt que de construire des murs"

Pour évoquer Lola, Georges Salines décrit "une jeune femme formidable, qui aimait la vie passionnément. C'était aussi une citoyenne du monde, un être de paix", comme pour insister sur l'injustice de cette mort et la folie aveugle des meurtriers, qui ont volé la vie de 89 personnes au Bataclan. Malgré la douleur de perdre un enfant, Georges Salines ne se laisse pas envahir par la haine, bien au contraire. "Nous sommes tous des êtres humains: on a un tête, deux bras, deux jambes. On habite sur une toute petite planète. Je ne sais pas ce que l'on peut faire contre le terrorisme, mais je pense que pour arriver à une solution à long terme, il faudra quand même un jour abattre les barrières plutôt que de construire des murs", implore-t-il la voix nouée.

"On imagine difficilement ses derniers instants"

Jean-Marie et Laurence ont eux aussi perdu leur fille, venue voir le groupe Eagles of Death Metal au Bataclan. Ils sont venus dimanche devant la salle de spectacle pour y déposer des fleurs, au milieu de toutes celles déjà déposées par d'autres parents mais aussi par de simples citoyens venus rendre un hommage aux victimes. Les cheveux grisonnant et la démarche fébrile, son épouse au bras, Jean-Marie de Peretti avance au milieu de la foule pour déposer une rose à quelques mètres du Bataclan. "On ne réalise pas avoir perdu Aurélie. Elle partait insouciante. Elle a pris cet itinéraire, boulevard Richard Lenoir, pour aller au Bataclan. Peut-être même a-t-elle pris un pot avant le spectacle. Elle n'a pas pu le prendre après, hélas, c'est trop tard… On imagine difficilement ses derniers instants", peine-t-il à dire, la voix étranglée par le chagrin.

Les larmes dissimulées derrière des lunettes de soleil, Laurence, la mère d'Aurélie ne peut pas cacher son désespoir. Un inconnu l'aborde… Il peine à trouver ses mots. "Je suis musulman, mais il ne faut jamais tuer, il faut s'aimer. Je vous souhaite toutes mes condoléances". "C'est émouvant, il est bien cet homme-là, soupire Laurence. Ça fait plaisir que ce soit cet homme, un musulman, qui condamne ce qui s'est passé. Heureusement que j'ai ma famille, ma fille aînée. Il ne faut pas se retrouver seule".

"On ne sait pas à qui s'adresser après"

D'autant plus que d'autres épreuves les attendent encore. Ils ne savent pas quand ils pourront voir le corps de leur fille et commencer à faire leur deuil. Jean-Marie et Laurence peuvent se reposer sur Jeanne-Marie, la tante d'Aurélie. Mais après 48 heures à se battre pour avoir des informations, elle est à bout. "Ce qui est très douloureux c'est que personne ne vient vers nous et c'est nous qui devons tout faire. Nous devons faire les démarches, mais on ne sait pas à qui s'adresser après, et on ne sait pas s'il va y avoir une prise en charge. Nous sommes du Midi et nous ne savons pas combien de temps on va rester ici. Est-ce qu'on se met à la place des familles qui viennent de perdre un être cher, une enfant de 33 ans qui n'avaient que la joie de vivre ? C'est affreux".

P. G. avec Marion Dubreuil