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Grèce: "Il n’y a rien ici qui nous donne envie de rester"

REPORTAGE - Alors que le pays est au bord du défaut de paiement, des milliers de Grecs se sont rassemblées jeudi soir à Athènes sous le slogan "nous restons en Europe". Inquiets, les habitants multiplient aussi les retraits de liquidités dans les banques.

Le ton monte entre la Grèce et l’Europe. Une fois de plus, et comme c’était prévisible, la réunion à Luxembourg des ministres des Finances de la zone euro n’a pas permis de trouver un terrain d’entente ce jeudi. Athènes campe sur ses positions et refuse d’appliquer de nouvelles mesures d’austérité. Les créanciers de la Grèce, estiment, eux, avoir déjà fait suffisamment de concessions. Un sommet exceptionnel des chefs d’Etat de la zone euro sera organisé lundi à Bruxelles afin de tenter une nouvelle fois de trouver une issue aux négociations.

Car il y a urgence: sans accord, et donc sans nouveau prêt de la part de l’Europe, la Grèce risque de se retrouver en défaut de paiement. Alors pour montrer leur attachement à l'Europe, plusieurs milliers de personnes se sont réunies jeudi soir devant le Parlement, à Athènes. Dora, agent immobilière, faisait partie du cortège: "C’est la première fois que je suis inquiète pour mon pays, pour moi, et pour mes enfants. J’ai trois enfants, je vois énormément de jeunes quitter le pays, et moi je ne voudrais pas que mes enfants partent loin de moi et loin de la Grèce", s'emporte-t-elle.

"On ne veut pas revenir en arrière"

"C'est pourquoi, j’exige de mon gouvernement qu’il fasse ce qu’il faut pour nous sauver. On veut rester dans l’Europe. On veut avancer. On ne veut pas revenir en arrière", martèle-t-elle. En attendant, avec le risque d'un défaut de paiement, la situation très dangereuse pour les banques du pays. La Grèce est même menacée d'une "course aux guichets." La preuve, sur la seule journée de lundi, la population a retiré 400 millions d’euros des banques.

Par exemple, le salaire de Vagelis ne reste jamais plus de 24 heures à la banque. Tous les premiers jours du mois, à peine le virement de son patron effectué, c’est le même rituel: "Je me précipite à la banque et je retire tout. Car dans un pays en faillite, on ne laisse pas l'argent à la banque". Son argent liquide, il le garde désormais chez lui, dans un tiroir. D’autres, ceux qui ont la chance d’avoir davantage d’économies, ont même décidé de transférer leur argent sur un compte étranger.

"J'ai mis tout mon argent à l'étranger"

C’est le cas de Costas, médecin à Athènes: "Je travaille 14 heures par jour. Ce n'est pas pour finalement tout perdre, justifie-t-il. J’étais vraiment inquiet, alors j’ai mis tout mon argent à l’étranger. Non seulement on a nos problèmes quotidiens à gérer, mais on doit en plus s’occuper de savoir si on va oui ou non quitter l’euro, si on va revenir à la drachme, demain ou après-demain. C’est épuisant !"

Son cabinet a beau très bien marché, Costas est tout de même complètement découragé par la situation: "Il n’y a rien ici qui nous donne envie de rester. Si demain j’avais l’opportunité de partir, je le ferai, sans hésiter. La Grèce, c’est bien uniquement pour le soleil et les vacances." Loin du soleil et de sa Grèce natale, Costas envisage sérieusement de déménager en Allemagne, à Berlin.

M.R avec Marie Regnier