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Grève des médecins: contre le projet de loi santé, la menace du départ à l'étranger

Entre 19 000 et 50 000 blouses blanches, en colère contre le projet de loi santé de Marisol Touraine, ont défilé dimanche à Paris. Parmi eux des centaines de jeunes démoralisés, tout juste diplômés et déjà inquiets pour leur avenir. Certains, de plus en plus nombreux, indiquent même vouloir quitter la France.

Après trois jours de grève, ce dimanche, médecins, dentistes, kinés, infirmiers libéraux étaient dans la rue. Entre 19 000 et 50 000 personnes ont défilé dans les rues de Paris pour montrer leur opposition au projet de loi santé de Marisol Touraine. Dans le cortège, beaucoup de jeunes médecins. Une relève très inquiète à l'heure où la profession vieillit (la moyenne d'âge chez les hommes est de 53 ans, ndlr) et où la pénurie de médecins guette de nombreux départements.

Pourtant, ce métier, Alexandra, rencontrée aux Urgences médicales Paris, en rêvait : douze ans d'études, d'acharnement, de sacrifices et tout ça pour ça. "Entre le moment où j'ai commencé mes études et aujourd'hui tout est beaucoup, beaucoup plus dur. On nous dit chaque année : 'Tu verras l'année prochaine ça sera plus simple'. Et en fait tous les ans il y a de nouveaux problèmes", constate-t-elle dans Bourdin Direct.

"Ce n'est pas possible !"

Le projet de loi santé, le tiers payant généralisé… Romain n'a pas fait médecine pour ça. "Les consultations vont être beaucoup plus courtes, les actes vont être de plus en plus nombreux et si on me demande en plus de cocher qui m'a payé qui ne l'a pas fait, j'ai autre chose à faire de mes week-end", assure-t-il sur RMC. Et d'ajouter, fataliste: "J'ai fait médecine pour voir des gens et non pour cocher des cases".

Alors pour dire non, Alexandra était dans la rue hier. "Ce n'est pas possible ! On ne peut pas dire à des gens qui ont travaillé toute leur vie pour faire ce métier : 'Toi tu vas faire ce que je dis. Tu as fait dix ans d'études? Tant pis pour toi, tu fais quand même ce que je te dis sinon tu dégages !' Moi, je ne resterais pas en France le jour où ça arrivera. Et je sais que mes collègues non plus", menace-t-elle.

"Si ce n'est plus vivable pourquoi rester?"

Quitter la France, Romain non plus n'hésitera pas. "La décision est peut-être un peu extrême mais en effet je n'hésiterais pas à partir s'il le faut", certifie-t-il dans Bourdin Direct. Il poursuit: "Il y a un moment où il faut choisir. Je ne vais pas faire 90 heures par semaine. Mon corps ne pourra pas". Sa réflexion en est à un tel stade qu'il a déjà trouvé la destination : Montréal.

"J'ai déjà les contacts et tout est plus simple là-bas. Moi ça m'arrange. Parce que j'aime ce que je fais, et c'est ça le plus terrible, mais si je peux le faire dans des meilleures conditions je pense que je me priverais pas. Si ce n'est plus vivable pourquoi rester? Ou alors je change de métier…On en va pas en pleurer mais j'ai une vision très cynique de la suite", affirme-t-il. Et Romain est loin d'être un cas isolé : Luxembourg, Belgique, Suisse ses collègues sont de plus en plus nombreux à vouloir s'expatrier.

Maxime Ricard avec Juliette Droz