RMC

Ils contestent leur déchéance de nationalité: "Ma vie c'est celle de Monsieur tout le monde"

Cinq hommes qui ont purgé des peines en lien avec un attentat terroriste s'apprêtent à contester leur déchéance de la nationalité française devant le Conseil d'État

Cinq hommes qui ont purgé des peines en lien avec un attentat terroriste s'apprêtent à contester leur déchéance de la nationalité française devant le Conseil d'État - AFP

TEMOIGNAGES - Cinq hommes, qualifiés de "terroristes" par le ministère de l'Intérieur, vont contester devant le Conseil d'État leur déchéance de la nationalité française qu'ils considèrent comme "une double peine".

Près de 13 ans après les attentats de Casablanca, cinq amis d'enfance, qui ont déjà purgé leur peine en France pour leurs liens avec les responsables de ces attaques terroristes, ont été déchus de leur nationalité française. Plus précisément, ces hommes, quatre franco-marocains et un franco-turc, aujourd'hui âgés de 38 à 41 ans, avaient été condamnés en 2007 à des peines de six à huit ans de prison pour leur "participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un acte terroriste". Ils ont été libérés entre 2009 et 2011 et n'avaient pas été inquiétés depuis.

"Nous n'avons aucune radicalisation"

Qualifiés de "terroristes" par Bernard Cazeneuve en avril dernier devant l'Assemblée nationale, les mis en cause ont annoncé qu'ils allaient déposer un recours devant le Conseil d'Etat. Libérés entre 2009 et 2011 sans avoir été inquiétés depuis, l'un d'entre eux dénonce donc une "chasse aux sorcières". "Nous sommes des citoyens français, bien intégrés. Nous n'avons aucune radicalisation. On vit nos vies de parents, tout simplement", assure ce franco-marocain de 38 ans, aujourd'hui agent de voyage. Et d'insister: "Ma vie c'est celle de Monsieur tout le monde qui va au travail et emmène ses enfants à l'école".

Pour maître William Bourdon, la déchéance de nationalité est disproportionnée car ses clients ne représentent pas un danger pour la société française: "Ils n'ont fait l'objet, ni les uns ni les autres, d'une quelconque procédure, d'une quelconque interpellation depuis qu'ils sont sortis de prison. En réalité, ces jeunes gens sont responsables d'avoir été placés dans un centre de prison où, dans la cellule à côté, il y avait l'un des frères Kouachi, quelqu'un qui allait commettre l'ignoble. C'est totalement inacceptable".

"Ils ont fait leur temps de prison"

"Ils ont été condamnés, ils ont fait leur temps de prison, rappelle Jean-Pierre Spitzer, l'avocat de deux d'entre eux. Personne ne leur avait rien dit puisque la procédure consistant à les priver de la nationalité française est accessoire. Elle arrive aujourd'hui huit ans après et il est certain qu'elle agit comme une double peine. Il s'agit donc une violation du principe selon lequel on ne peut pas condamner une personne deux fois pour les mêmes faits".

De son côté, le député socialiste Sébastien Pietrasanta estime au contraire que c'est un signal fort envoyé contre les terroristes: "Aujourd'hui, il y a une volonté de déchoir de la nationalité française, tous ceux qui ont été condamnés pour terrorisme".

Maxime Ricard avec Marion Dubreuil