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Ils créent une cagnotte pour aider la veuve d'un fermier: "Inhumain de la laisser dans cette situation"

Jean-Christophe aux côté de Stan, Rémi et Maëlle

Jean-Christophe aux côté de Stan, Rémi et Maëlle - DR

TEMOIGNAGE - Dans une petite commune d'Ille-et-Vilaine, des teufeurs ont lancé une cagnotte pour venir en aide à Christiane, la veuve de Jean-Christophe, 50 ans. Cet agriculteur, qui avait prêté cet été ses terres aux jeunes gens pour l'organisation d'une fête, s'est récemment suicidé, criblé de dettes.

Adrien, teufeur et fondateur de la cagnotte:

"J'ai fait ça pour Jean-Christophe, notre ami décédé, mais surtout pour sa femme, Christiane, pour qu'elle puisse enfin s'en sortir. On a rencontré Jean-Christophe il y a deux ans. A l'époque, avec une trentaine de copains, on avait organisé une soirée sur le terrain de la grand-mère de ma copine. Au cours du week-end, une voisine s'est plainte du dérangement. Le maire est venu et nous a interdits d'organiser une autre soirée au même endroit.

Ce jour-là, une de nos voitures est tombée en panne de batterie. Nous voilà donc pieds nus à la pousser pour essayer de la faire démarrer. C'est là qu'on est tombés sur Jean-Christophe qui s'est arrêté et nous a proposés des pinces. En échange de son service, on lui a proposé une bière. On a bu et discuté. Au départ, ça s'est arrêté là.

"Il avait quelques soucis dans sa ferme"

Mais, cette année, en août, on voulait refaire la teuf et on cherchait un terrain qui ne dérangeait pas. On a pensé à Jean-Christophe. On est allés le voir, lui demander si c'était possible. Il nous a dit qu'il n'y avait pas trop de problème même si notre musique n'était pas trop son truc. Mais que si c'était organisé, qu'il n'y avait pas de blessé, il n'y voyait pas d'inconvénient. Il nous a aidés à organiser un terrain pour recevoir une cinquantaine de personnes.

Il a aussi fait la soirée avec nous. Il nous a même donnés de l'alcool qu'il avait dans sa cave. On a bu quelques verres de vin avec lui. C'était bien marrant. Le lendemain, on est repartis. Avant, on l'avait aidé à traire ses vaches, à tout ranger. Ça s'était très bien passé, on n'avait eu aucune plainte. Du coup, on avait gardé contact. Il avait quelques soucis dans sa ferme: sa fosse à purin ne marchait plus et l'électricité de sa stabulation était défaillante.

"Il ne se plaignait jamais"

Mon colocataire est électricien donc on s'était proposés de l'aider dans sa ferme. Le week-end avant sa mort, on était passés pour tout refaire justement mais on n'avait pas pu le voir. Il n'y avait personne. Une semaine après, on apprenait son suicide. Ça nous a clairement mis une baffe dans la gueule. On ne s'y attendait pas. On savait qu'il avait des petits soucis d'argent, qu'il perdait près de 2.000 euros par mois avec Lactalis, qu'il en avait peut-être un peu marre de travailler pour perdre de l'argent. Mais ce n'était pas quelqu'un qui se plaignait. Il avait une fierté donc on a rien su.

C'était dur pour lui. Il avait une vieille ferme avec du vieux matériel. Il n'y avait que son tracteur qui était assez récent. Il avait juste une soixantaine de vaches. Il travaillait dans des conditions vraiment difficiles mais il ne se plaignait jamais. Il disait qu'il n'était pas forcément le plus à plaindre, que c'était les jeunes qui se lançaient dans le métier. Mais si on avait connu ses difficultés, on aurait accéléré le pas. On aurait fait les choses bien avant pour l'aider.

"Permettre de rembourser les obsèques"

On ne connaissait pas trop sa femme. Christiane était passée un peu pendant l'organisation de la soirée. On avait discuté un peu avec elle mais sans plus. Mais on a tout de suite réfléchi aux conséquences de son malheureux acte. On s'est dit que si c'était des problèmes d'argent on n'allait pas la laisser à payer l'enterrement. En plus, il y a les dettes… On ne pouvait pas la laisser comme ça quoi. D'autant qu'à côté elle gère des hangars à veaux, elle distribue les journaux le matin et fait le self dans un lycée à midi. Elle est donc vraiment débordée. Pour nous ça aurait été inhumain de la laisser dans cette situation.

Dès le lendemain de la mort de Jean-Christophe, début octobre, j'ai donc décidé de lancer la cagnotte. Je l'ai relayée sur Facebook et ça a pris très rapidement. On a essayé de se démener au maximum pour que les choses aillent vite. Mais on ne s'attendait pas à ce qu'autant de monde participe (déjà plus de 6.000 euros récoltés, ndlr). C'est un truc de fou! Franchement, à la base, je m'étais dit qu'avec 500 euros, ce serait déjà énorme. J'imaginais déjà le sourire de Christiane dans ma tête quand je lui aurais apporté cette somme-là. Mais là… C'est hallucinant! On n'en revient pas. Ça va pouvoir permettre à Christiane de rembourser les obsèques de son mari et de renflouer un peu ses dettes avant qu'elle ne vende la ferme".

Retrouvez la cagnotte Leetchi ici 

propos recueillis par Maxime Ricard