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Inédit en France, des salariés sans patron: "C'est ubuesque"

La société fabriquait des machines rotatives pour des imprimeries (illustration)

La société fabriquait des machines rotatives pour des imprimeries (illustration) - AFP

REPORTAGE - Le sous-préfet de Senlis (Oise) a reçu ce mercredi les salariés français de la société Goss International France qui se retrouvent sans patron. Ils ont tenté de trouver une solution à leur inextricable problème. RMC est allée à leur rencontre.

C'est un véritable imbroglio économico-judiciaire que les salariés de Goss International France vivent depuis près de deux ans. Alors que l'entreprise est délocalisée aux Etats-Unis et en Chine en 2013, à l'époque, le tribunal de commerce autorise un montage financier rocambolesque: Goss International France est racheté par le groupe Goss International Europe qui rachetait donc sa propre filiale en évitant un plan social. Ne restait en France que des activités de SAV, bureaux d'étude et relations clients à Chantilly et à Nantes.

Mais le tribunal d'instance de Douai a cassé ce montage en décembre dernier, estimant qu'il était suspect. Résultat: les salariés n'appartiennent ni à la société liquidée il y a deux ans, ni à celle qui l'a rachetée, puisque ceci a été déclaré illégal par le tribunal de Douai. Pour tenter de trouver une solution à cet inextricable problème, le sous-préfet de Senlis (Oise) a reçu ce mercredi les salariés français de l'entreprise.

"On nous a dit de rester chez nous"

Car la société, qui fabriquait des machines rotatives pour des imprimeries, est en redressement judiciaire depuis le 3 décembre dernier. Sauf qu'au lieu de faire un plan social, Goss International Europe, la maison-mère, prétend qu'elle n'est plus responsable de ses salariés en France, et qu'elle ne leur doit plus rien. Désormais, les salariés ne savent plus quoi faire car lorsque l'activité s'est brutalement arrêtée, ils ne se doutaient de rien.

"Tout fonctionnait bien quand, du jour au lendemain, on n'a plus eu accès aux passages des commandes. On nous a donc dit de rester chez nous", souligne Anne, encore sous le choc. Goss International Europe ne paie donc plus ses salariés mais ne les a pas licenciés pour autant. L'entreprise considère en effet qu’elle ne les emploie plus.

"Complètement ahurissant"

"On est dans une situation ubuesque car il s'agit d'une multinationale qui a déposé le bilan et qui s'est rachetée à elle-même sa filiale, explique Roger Koskas, l'avocat des salariés. Mais la question principale et complètement ahurissante, c'est que l'on ne sait plus aujourd'hui qui est l'employeur de ces salariés". Ceux-ci vont donc aller devant la justice pour obtenir des réponses claires comme l'indique Wilfried Belloir, délégué CFDT de Goss.

"Soit on nous licencie le plus rapidement possible, soit on maintient des emplois mais qu'on nous dise clairement qui est notre employeur, revendique-t-il. Mais c'est quand même malheureux, qu'en France, on soit rendu à devoir quémander nos droits fondamentaux de salarié". En attendant, leurs salaires du mois de décembre devraient être versés en urgence, dès le début de la semaine prochaine, grâce à la pression de la préfecture de l'Oise.

Maxime Ricard avec Violette Voldoire