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Quand chasseurs et écologistes travaillent main dans la main pour préserver une forêt de l'Isère

Document RMC - Pour sauver une forêt de l'Isère, garde-forestier et chasseurs travaillent main dans la main pour réguler la population de gibier qui dévore les pousses des nouveaux arbres.

On a plutôt tendance à penser que chasse et écologie sont parfois opposés. Mais dans cette forêt d'Isère, on a besoin de chasseurs pour préserver la forêt. Ils sont appelés à la rescousse dans la forêt de Trièves où le gibier fait des dégâts. Entre les sommets blancs des montagnes des Alpes, les arbres sont actuellement de couleur feu même si certains sont encore verts. Si le décor général est sublime, ce qui se passe tout près du sol est beaucoup plus sombre.

Il est devenu presque impossible de planter de nouveaux arbres sur ces sols grouillant d'animaux car les jeunes pousses sont quasiment toutes croquées par le gibier. À chaque plantation, les dégâts sont constatés très fréquemment par les forestiers: "Celui-ci s'est fait défoncer", montre Benjamin Durant, un garde-forestier qui opère en forêt de Trièves. "S'il n'y a pas de dégâts, c’est plutôt la bonne surprise, on réfléchit plutôt comme ça". 

En France, dans l'ensemble des forêts, 12 millions d’euros de filets ou de grillages sont dépensés, mais leur efficacité est très limitée. À travers les parcelles sous la responsabilité de Benjamin, les cerfs, les lièvres et les chevreuils tuent dans l’œuf toutes les nouvelles plantations : "On a quelques arbres qui s'en sortent mais pas la majorité. Je n'ai pas l'impression de donner des coups d'épée dans l'eau mais au bout d'un moment c'est un peu épuisant".

Alors Benjamin et d'autres forestiers de France réaffirment plus que jamais l’importance des chasseurs. Ils travaillent main dans la main avec eux pour que les animaux ne freinent plus le repeuplement des forêts: "On a besoin des chasseurs, on a besoin de régulation du gibier pour que la forêt puisse se régénérer".

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"Peu importe les discours anti-chasse, on est acteurs de l'environnement"

Les chasseurs sont là pour prélever la quantité de gibier de la forêt pour éviter que les animaux ne dévastent tout. Et il n’y a pas qu’en Isère que les cerfs, les chevreuils et les lièvres provoquent des dégâts. Ils sont en surabondance dans plus d’un tiers des forets. Simon Janin, représentant des chasseurs de la fédération de l’Isère aime dire que sans eux, les dégâts seraient encore plus importants: 

"Notre présence est nécessaire, associée aux forestiers. Il faut aujourd'hui trouver le bon équilibre. Faire en sorte qu'il y ait toujours du gibier mais pas trop et que le forestier s'y retrouve au niveau de la forêt. Peu importe les discours anti-chasse ou autre que l'on peut entendre, on est acteurs de l'environnement".

Et les enjeux sont énormes pour l'urgence climatique et la survie de la forêt. Elle risque de disparaître massivement si ces jeunes pousses ne grandissent pas car ce sont de nouvelles espèces du sud, résistantes aux sécheresses qui vont frapper de plein fouet les forêts de l'Isère d'ici 30 ans. 

Fanny Lacroix maire d'une commune du territoire du Trièvres, est fière de voir que l’écologie dans ses forêts est une affaire qui réunit et n'est pas que conflit: "Cela brasse des acteurs très différents. Des acteurs de protection des milieux naturels et des acteurs de la chasse, qui sont aussi des personnes importantes dans le maintien de la biodiversité. On voit qu'il peut y avoir une collaboration nécessaire si l'on veut une forêt demain en France. Le changement climatique doit rassembler les peuples. Il faut être tous ensemble et aller dans le même sens". Cette maire estime que les dirigeants présents en ce moment à la COP24 devraient en prendre de la graine.

Mais il n'y a pas que la chasse. Les élus pensent également à d’autres solutions combinées car la pratique de la chasse s’essouffle, ils sont de moins en moins nombreux pour protéger les jeunes pousses.

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Nicolas Traino et Alfred Aurenche (avec G.D.)