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Interdiction de la fessée: "Ce n'est pas une méthode d'éducation"

Les députés ont voté l'interdiction de la fessée

Les députés ont voté l'interdiction de la fessée - AFP

DEBAT - L'Assemblée nationale a voté dans la nuit de vendredi à samedi un amendement prévoyant l'interdiction de toutes formes de châtiments corporels sur les enfants. Un texte qui a ses partisans et ses opposants.

La France, épinglée en 2015 par le Conseil de l'Europe, est en voie d'interdire tous les châtiments corporels des parents sur leurs enfants, et notamment la fessée ou la gifle. Dans la nuit de vendredi à samedi, les députés, qui examinent le projet de loi "égalité et citoyenneté", ont adopté un amendement des socialistes et des écologistes allant dans ce sens. Pour autant, la règle ne s'accompagne d'aucune sanction pénale nouvelle à l'encontre des parents.

En revanche, si l'amendement est adopté en l'état au Sénat, l'interdiction, symbolique, fera l'objet d'un article dans le Code Civil. Et pour que le message puisse atteindre l'ensemble des Français, François-Michel Lambert, député écologiste à l'origine du texte, souhaite, dans le futur, faire transcrire l'amendement dans le livret de famille et le carnet de santé de chaque enfant. Sur RMC ce lundi Gilles Lazimi, médecin, coordinateur de la campagne contre les violences éducatives, assure "se réjouir de cet amendement".

"Ce n'est pas efficace"

"C'est la première fois que dans un texte on va préciser que le fait d'être parent oblige à ne pas utiliser de traitements dégradants, humiliants ou violents envers ses enfants. Ce n'est pas une méthode d'éducation, estime-t-il. Cela doit être inscrit dans le Code civil, annoncé aux parents lors des mariages ou encore dans le carnet prénatal. Il doit y avoir des campagnes de sensibilisation. Frapper un enfant, c'est une méthode de dressage. Ce n'est pas utile, nécessaire, efficace et cela peut avoir des conséquences en matière de santé".

En revanche, Emmanuel Jaffelin, philosophe et auteur de "Apologie de la punition" (Plon), ne comprend pas pourquoi un tel amendement a été voté: "Il est évident que l'Etat doit légiférer à minima mais là c'est pénétrer la famille. C'est de l'intrusion". Et d'estimer: "Parler de violence à propos d'une gifle ou d'une fessée, c'est ça qui est grave. Le socle de la société ce n'est pas l'Etat, c'est la famille". Il considère enfin que la fessée est "un geste d'amour": "Il est très important que par une caresse on puisse féliciter son enfant d'avoir eu une bonne note ou de s'être bien comporté. Et c'est très important que par la fessée ou la gifle qu'il comprenne que c'est un acte d'amour et que le parent incarne la raison".

Maxime Ricard avec Benoît Ballet