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20 ans après le 11-Septembre, le camp Guantanamo est toujours ouvert: qui sont ces prisonniers oubliés?

EXPLIQUEZ-NOUS - La prison américaine de Guantanamo a bientôt vingt ans, ouverte après les attentats du 11 septembre 2001. Depuis 20 ans, il a souvent été question de fermer cette “anomalie juridique” mais cela ne s’est jamais fait

Guantanamo est effectivement un lieu anormal juridiquement, une exception, une zone de non-droit, une prison américaine sur une base militaire à Cuba. Prison où 780 hommes ont été détenus, sans procès pour la plupart, sans chef d’accusation, sans avocat.

Au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, George W. Bush l’avait voulu ainsi: un lieu qui ne soit pas sur le territoire américain pour que les prisonniers ne puissent pas bénéficier des droits garantis par le système judiciaire américain. Guantanamo dès le départ a été conçu pour détenir les “ennemis” de l'Amérique sans limite de temps et hors du droit.

Dans l’esprit des Américains, ces terroristes étaient des prisonniers de guerre. C’était une réponse exceptionnelle à l’attaque que venait de subir les Etats-Unis.

Sauf que l'exceptionnel s’est inscrit dans la durée

Et toujours hors de tout cadre légal. En 2006, la cour suprême américaine a déclaré illégales toutes les procédures. Un arrêt historique qui n’a été suivi d’aucun effet.

En 2008, deux jours seulement après son entrée en fonction, Barack Obama annonce la fermeture de Guantanamo. Il s'était donné un an pour le faire mais il n’a pas pu.

Cette année, Joe Biden a peine élu s’est lui aussi fixé comme objectif de fermer Guantanamo avant la fin de son mandat, mais rien ne dit qu’il y arrivera.

Pourquoi est-ce si difficile?

Parce qu’il reste à Guantanamo 26 prisonniers jugés hypers dangereux et impossibles à libérer. Par exemple, Khalid Cheik Mohamed, un Pakistanais qui est le cerveau et le principal organisateur des attentats du 11 septembre. Pour fermer Guantanamo, il faudrait donc transférer ces prisonniers aux Etats-Unis. En 2008, Obama avait spécialement fait acheter une prison de haute sécurité dans l'Illinois.

Le problème c’est que ces 26 prisonniers ont tous été l’objet d’interrogatoires poussés. C’est le terme poli pour dire qu’ils ont été torturés. Et la crainte, c’est qu’arrivé sur le territoire américains ces hommes trouvent des juges qui les libère, parce que la torture est illégale. Parce que leur détention 20 ans sans procès est illégale.

C’est pour ne pas prendre ce risque que le Congrès s'était opposé à leur transfert en 2008 et que Barack Obama avait perdu la bataille. Joe Biden, vice-président, s'était pourtant beaucoup investi. Il pense depuis le début que Guantanamo est une catastrophe pour l’image de l’Amérique. Et que cela renforce la haine des Etats-Unis dans le monde et donc le risque d’attentat.

Depuis 20 ans, il y a eu très peu de procès, mais il y en a un qui vient de commencer

C’est le premier depuis 2014. Il s’est ouvert lundi en présence d’une toute petite poignée de témoins dont l’envoyé spécial du Monde Arnaud Leparmentier.

Le procès a lieu sous un hangar d’aéroport. Le président est un commandant de la Navy. Les procureurs sont aussi des officiers, les avocats aussi, les jurés également, tous en uniforme. C’est donc l'armée américaine qui juge ses ennemis.

En l'occurrence, ce ne sont pas des enfants de cœur. Le principal accusé est le chef d'Al-Qaïda en Indonésie. Il est soupçonné d'être l’organisateur d’un attentat dans une discothèque de Bali qui avait fait 202 morts en 2002. Il est détenu depuis son arrestation en 2003, il est resté 10 ans à l’isolement complet. Un rapport du Sénat a confirmé qu’il a été torturé. Son procès va durer plusieurs mois…

Aujourd’hui il ne reste qu’une quarantaine de prisonniers à Guantanamo

39 exactement sur plus de 700 au départ. Et ce sont sans doute les prisonniers les plus chers du monde, ils coûtent une fortune aux contribuables américains. 13 d’entre eux pourraient être extradés vers leur pays d’origine, si ces pays les acceptent. Les autres sont les fameux 26 qui ne sortiront jamais… 

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Nicolas Poincaré (avec J.A.)