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A Alger, la jeunesse reprend espoir: "Le peuple est en train de se réveiller"

Chaque vendredi, les Algériens sont des millions à défiler dans les rues pour demander le départ d'Abdelaziz Bouteflika. Une mobilisation inédite qui redonne de l'espoir aux jeunes du pays.

Les ruelles de ce faubourg d’Alger, ils les arpentent depuis 23 ans. Ils ne les ont presque jamais quittées. "Photocopie, les jours ils sont comme une photocopie, ils sont tous les mêmes", décrit Akram.

Les mêmes cafés, les mêmes gens, les mêmes discussions, le même ennui: "Ici, toutes les journées se ressemblent, on danse pour les mariages, on pleure pour les enterrements. Ici c’est comme rentrer dans un mur. Je n'ai pas de copine, pas de travail, pas d’avenir. Ma vie finalement c’est un grand vide", décrit Lofti.

Alors, quand ils ont décidé de quitter la ville, il y a 6 mois. C’était pour de bon: "On a embarqué tous les deux sur un bateau de 5 mètres, on était 10 ou 12, on a navigué pendant plusieurs heures, mais les garde côtes nous ont repérés. Et nous ont ramenés ici en pleine nuit".

"C'est à nous de décider"

Retour au quartier. L’éternelle routine. Et puis est arrivé ce 22 février, la première manifestation. "Franchement, là, j’ai de l’espoir. Le peuple est en train de se réveiller, de prendre les choses en main. C’est notre pays, c’est à nous de le construire, c’est à nous dedécider", s'anime Lofti.

Plusieurs fois, ils sont allés manifester dans le centre-ville. Un peu par conviction, un peu aussi pour combler le vide. Mais assez, pour leur donner envie de rester: "Si Bouteflika et son clan partent, y a une chance que les choses s’améliorent, et je resterais dans mon pays. Mais s’ils ne partent pas, moi je prends un bateau, et ce pays, je leur laisse", prédit Akram

Une envie d’espérer, d’y croire. Même si leur jeunesse à eux, reconnaissent-ils, est déjà en partie sacrifiée.

Marie Régnier et Nicolas Ropert