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Alep (Syrie): "quand je regarde la ville, je ressens beaucoup de souffrance"

C’était une des villes les plus animées de Syrie, au patrimoine architectural inestimable. De la vieille ville d'Alep classée au patrimoine mondial de l’Humanité, il ne reste rien ou presque. La mosquée du XIIIème siècle, et le souk majestueux, ont été détruits. Un patrimoine anéanti, laissant un peuple comme orphelin.

C’était une ville sublime aujourd’hui en ruine. Les derniers insurgés évacués en décembre d'Alep ont laissé derrière eux une ville détruite. La cité du nord ouest de la Syrie était la ligne de front entre les soldats du régime et les rebelles. Elle en porte aujourd'hui les stigmates. 

Les pas résonnent dans les galeries du souk. Un silence assourdissant. Il y fait froid, sombre, les murs sont noircis par les flammes. Même le soleil n’arrive plus à percer par les ouvertures de la voûte. Dans un nuage de poussière au fond du souk, une silhouette s’affaire dans les gravats. Abou Mohammad tenait une boutique avec la guerre. "Je travaillais comme employé dans cette boutique d’amandes et de cacahuètes. Mon patron m’a dit qu’il fallait nettoyer, pour qu’on rouvre le plus vite possible."

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- © Marie Régnier

Au milieu des décombres, des fils électriques, des amas de tôle, Abou Mohammad sourit. Ses yeux se mettent à briller quand il parle de son souk. "Moi j’ai été le plus heureux du monde ici. J’étais tellement fier de travailler dans le souk d’Alep! D’ailleurs tout le monde me connaissait. C’était comme ma maison, plus que ça encore." Pendant des siècles, ce souk, classé au patrimoine mondial de l’Unesco, a été le centre névralgique du commerce au Moyen-Orient. Il suffit de fermer les yeux un instant, pour imaginer la foule, les odeurs, la vie. "On ne pouvait pas marcher dans les allées tellement il y avait de monde ! Il y avait plein de touristes, des Russes, des Américains… C’était vraiment joyeux ici, vraiment", témoigne Abou. 

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- © Marie Régnier

Puis la guerre est arrivée. La vieille ville d’Alep devient alors la ligne de front entre les soldats du régime et les rebelles. La grande mosquée du XIIIème siècle est transformée en zone de combat. Ali y revient pour la première fois depuis le début de la guerre. Il est sous le choc en découvrant la mosquée et ses façades criblées de balles, ces trous percés dans les murs par les snipers. Sa voix tremble, il a les larmes aux yeux. "Quand j’étais petit, je venais souvent ici, presque toutes les semaines avec ma mère. C’est vraiment un lieu spécial pour les habitants d’Alep. On a un attachement viscéral à cet endroit."

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- © Marie Régnier

Dans une rue, un peu plus loin, Hamzi un adolescent, avait fait de la vieille ville un terrain de jeu. Aujourd'hui l'image des immeubles détruits l'attriste profondément. "Je connaissais le moindre centimètre de la vieille ville, j’ai toujours vécu ici. Là où on se trouve, il y avait plein de lumières, des touristes, il y avait du monde 24h/24! Quand je regarde ça, je ressens beaucoup de souffrance, mais aussi, il faut bien, un peu d’espoir. "

Face à lui, la citadelle d’Alep se dresse, miraculeuse, rescapée au milieu du chaos. Au loin le vendeur de café ambulant, se remet à chanter. Comme il faisait autrefois pour distraire les touristes.

Marie Regnier pour Bourdin Direct (avec A.B.)