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Guerre en Syrie: "quand je sortais pour acheter à manger, il fallait éviter les snipers"

Alep, ville martyre du Nord de la Syrie, a fait la une de l’actualité pendant des semaines. L'ancienne capitale économique du pays a été reprise par le régime de Bachar El-Assad le 22 décembre dernier. RMC a rencontré certains habitants, très rares, qui sont restés pendant ces cinq longues années de combat.

Depuis son déclenchement en mars 2011, la guerre en Syrie a fait plus de 290 000 morts, selon un bilan de l’Observatoire syrien des droits humains. Coupée en deux à l'été 2012, la ville d'Alep était contrôlée par le régime syrien à l'ouest et les rebelles à l'est. Les combats ont été très violents, et la plupart des habitants ont quitté la ville.

D’autres rares Syriens comme Ahmad sont restés. Cet habitant du centre-ville a vécu pendant cinq ans, au 7ème étage de son immeuble avec sa famille. Traumatisé, il a gardé ses réflexes. Lorsqu’il sort de son immeuble, il se penche systématiquement pour vérifier qu’il n’y a pas de sniper. Il raconte son terrible quotidien pendant la guerre et la position des hommes armés qui l'entouraient. "Ils tiraient dès que quelqu’un passait. C’était impossible de traverser la rue. Aujourd’hui encore, quand je passe devant les endroits où ils étaient, j’ai peur. Je vais avoir besoin de temps pour oublier."

Alors pourquoi ne pas avoir fui comme la majorité des Syriens? Comme il l’explique, Ahmad ne voulait pas quitter son domicile, du moins, au début. "Je n’ai pas voulu partir et abandonner notre appartement. Et puis après c’était trop tard. Alors on est resté ici avec ma femme et mes deux fils. Quand je sortais pour acheter à manger, il fallait éviter les snipers, mais j’avais l’habitude. Je passais dans des trous, à travers les murs des maisons, j’ai toujours eu de la chance".

Son fils, Hamad, n’a pas eu cette chance, touché par une balle de sniper au niveau de la moelle épinière. Il venait d’avoir 16 ans et a perdu l’usage de ses membres inférieurs. Maintenant que Bachar el-Assad a repris la ville, il s'inquiète pour son avenir. "Je ne peux plus marcher depuis. Alors pendant trois ans, je suis resté ici, dans la chambre que vous voyez. Partout autour de moi, quand je regardais par la fenêtre, c’était des bombes, des morts. Ici, il n’y aura jamais que des mauvais souvenirs. Et moi, j’ai 19 ans, et je ne sais pas à quoi va ressembler mon avenir." 

Pendant ces longues années, l'ennui et la peur ont pris le pas sur tout le reste. Abdel, son frère jumeau raconte ce quotidien usant. "Les heures nous ont semblé des années. Il n’y avait rien à faire. On dormait, on mangeait, rien d’autre. Et pendant un an et demi, on a vécu sans eau et sans électricité. Tout ça au milieu des combats."

Par la fenêtre qu’ils ont désormais le droit d’approcher, Abdel regarde la rue en contrebas, et ce bout de trottoir avec nostalgie. "Ce que je voudrais maintenant, c’est qu’on retourne s’assoir là-bas avec nos copains, comme on faisait avant, ce que je voudrais c’est que la Syrie soit en paix, et qu’Alep redevienne aussi belle qu’avant."

Malheureusement pour eux, il faudra du temps, beaucoup de temps, car de son Alep il ne reste plus qu’un immense champ de ruines. Et de ses amis qui ont quittés la ville, seulement de vieux souvenir.

Marie Regnier pour Bourdin Direct (avec A.B.)