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Guerre en Syrie: "oui il n’y a plus de combats à Alep mais notre quartier a été rayé de la carte"

REPORTAGE - Alep, la ville martyre du nord de la Syrie, a été reprise par le régime de Bachar al-Assad le 22 décembre dernier. Un mois et demi après la fin des combats, les habitants n'ont plus rien et peinent à retrouver un semblant de vie normale.

Elle a fait la Une de l’actualité pendant de semaines. Durant tout ce temps, à Alep, la guerre faisait rage. Les combats entre le régime et les rebelles se sont concentrés sur l'est de la ville, dans les quartiers où s’étaient retranchés les forces de l’opposition. Mais, après des mois de combats acharnés, la ville a été entièrement reprise par l’armée syrienne, à grand renforts de bombardements. Ce qui n'est pas sans conséquence pour les survivants. Désormais, la ville ressemble à un décor de fin du monde. Des immeubles entiers sont pulvérisés, les façades sont éventrées, il y a des montagnes et des montagnes de gravats... Mais il a bien fallu revenir, trouver la force de reconstruire.

"Il faudra des milliards pour reconstruire cette ville"

"J'avais un magasin mais il a été entièrement pillé, raconte cet homme. Mais je vais essayer de rouvrir. Je n'ai pas le choix, il faut bien que je gagne ma vie". Les commerçants s’aident les uns, les autres. On déblaye la boutique de celui-ci, on bricole un nouveau rideau métallique pour celui-là. Mais le cœur n’y est pas. "Il faudra des milliards pour reconstruire cette ville! Dieu seul sait quand on verra de nouveau Alep comme avant. Moi, je ne le verrai pas de mon vivant. J’en suis sûr."

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- © Marie Régnier

Aucun immeuble n’a été épargné. Ceux qui sont encore debout, sont dévastés, et leurs façades criblées de balles. Au plus fort des combats, les bombes tombaient jour et nuit. Les enfants auront du mal à oublier. "On ne pouvait pas sortir, témoigne l'un d'eux. Certaines nuits, on ne pouvait pas dormir tellement il y avait de bombes. Ça faisait vraiment peur". L’un d’entre eux montre du doigt un immeuble dont le dernier étage et le toit ont disparu, arrachés par un obus.

"Quand j’ai vu l’état de ma maison, j’ai pleuré"

"Moi j’habitais au deuxième étage. Les murs ont tremblé, le bruit était très fort. Ma cousine a été blessée. Et mes voisins du dessus sont morts", raconte-t-il. Si les enfants trouvent encore les ressources pour rire, les adultes sont hébétés par ce qu’ils vivent. Ils se déplacent comme des fantômes et ont du mal à trouver de quoi se réjouir. "Quand j’ai vu l’état de ma maison, j’ai pleuré. On ne pourra plus jamais y vivre. Alors oui il n’y a plus de combats à Alep, mais notre quartier a été rayé de la carte".

Partout c’est la désolation. Les vendeurs ambulants trainent derrière eux leurs maigres étals de fruits. Les femmes font la queue à une distribution de nourriture. Les visages et les mains noircies par la poussière. "Il n’y a plus de travail ici, pour personne. Et les prix ont flambé, déplore l'une d'elles. Avant, ma vie était formidable. Je n’ai jamais manqué de rien. Jamais je n’aurais imaginé avoir besoin de quémander de la nourriture".

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- © Marie Régnier
M.R avec Marie Régnier