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En exil ou aux combats, les jeunes hommes ont fui Damas (Syrie): "la jeunesse de ce pays a été sacrifiée"

REPORTAGE - Six ans après le début de la guerre, RMC s'est rendue en Syrie. Et parmi les conséquences de ce conflit, à Damas, relativement épargnée par les combats depuis un an, une génération a presque totalement disparu: les jeunes hommes entre 25 et 35 ans.

A Damas, capitale de la Syrie, dans le souk de la vieille ville, la vie semble avoir repris son cours normal, six ans après le début de la guerre. De la musique, des odeurs de nourriture, des marchands… Mais pourtant, très vite, comme une évidence: il y a quelque chose d'anormal, les jeunes hommes ont disparu. "Dans le souk, il n’y a quasiment que des femmes, confirme cette jeune femme. Les hommes sont partis. Soit ils sont au front, soit ils sont à l’étranger. Et tout cela, c’est à cause de la guerre".

Dans les allées, les femmes se promènent en groupe. Il y a des sœurs, des cousines, des copines… mais plus aucun garçon à regarder. "Quand j’étais petite, j’imaginais que j’allais me marier avec un homme cultivé, gentil. Mais la réalité, ce n’est pas ça. La réalité, c'est qu'ils sont tous partis. Il n’y a plus de choix du tout", déplore l'une d'elles. A l'évocation de ce sujet, certaines éclatent de rire, gênées. D’autres se montrent beaucoup plus inquiètes.

"Je ne sais pas quand je les reverrai, ni où je les reverrai"

"Des hommes ont proposé de m’épouser, mais ils ne me plaisent pas vraiment, renseigne cette jeune femme. Mais j’ai peur de refuser, parce que je me dis que peut-être, après, je ne trouverai plus personne. Car il n’y a plus beaucoup de garçons. Je ne sais pas quoi faire, j’y pense tout le temps..." Du mal à trouver un homme, pour celles qui n’en ont pas. Du mal à vivre sans lui, pour celles qui les ont vu partir. "Mes amis garçons de l’université, mes amis garçons du travail, même mon petit ami... Ils sont tous partis à l’étranger. Moi je ne sais pas quand je les reverrai, ni où je les reverrai. C’est très difficile à vivre."

Du haut de leurs 22 ans, les amis de Sandy ont dû faire un choix: partir à la guerre ou fuir leur pays. Ils ont choisi l’exil: "Ils ont fui parce qu’ils ne voulaient pas faire leur service militaire obligatoire. Ils auraient été envoyés à la guerre et beaucoup n’en reviennent jamais. Mais ils sont aussi partis parce qu’ici il n’y a pas d’avenir. La jeunesse de ce pays a été sacrifiée par la guerre. C’est horrible, ce devrait être les plus belles années de notre vie. Mais la seule chose qu’on fait, c’est essayer de survivre". Comme ses amis garçons, Sandy voudrait elle aussi partir, dès qu’elle le pourra. Même si elle sait que pour les jeunes syriens, rien ne sera plus jamais simple, et la vie plus jamais la même. Nulle part.

M.R avec Marie Régnier