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Attentat d'Ankara: "Il faut qu'Erdogan ouvre la porte à un dialogue"

Des milliers de personnes ont manifesté hier à Paris contre Erdogan

Des milliers de personnes ont manifesté hier à Paris contre Erdogan - AFP

REPORTAGE - Plus de 10.000 personnes ont défilé dimanche à Ankara pour conspuer le président Recep Tayyip Erdogan, deux jours après l'attentat le plus meurtrier de l'histoire, 97 morts, d'après un dernier bilan rendu public. A Paris aussi, plusieurs milliers de personnes, en majorité des kurdes, ont manifesté pour dénoncer une "guerre sale" et l'état de "terreur" que fait régner Erdogan dans le pays.

L'attentat le plus meurtrier de l'histoire de la Turquie, qui a visé samedi une manifestation de mouvements proches de la cause kurde, a fait au moins 95 morts. En l'absence de revendication, le gouvernement turc a évoqué trois auteurs possibles: les rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), le groupe jihadiste Etat islamique et le Parti/Front révolutionnaire de libération du peuple (DHKP-C) d'extrême gauche. Mais le président islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan et son Parti de la justice et du développement (AKP) sont aussi accusés par certains d'être responsables de la montée des tensions, à l'approche des élections législatives du 1er novembre.

Ainsi, ce dimanche, dans les rues de Paris, des milliers de personnes, en grande majorité des kurdes, ont défilé en scandant "Erdogan, assassin" et "Solution politique pour le Kurdistan". Dans le cortège, les manifestants dénoncent une "guerre sale" et l'état de "terreur" que fait régner en Turquie le gouvernement d'Erdogan. Pour Claire Renklicay, du Conseil démocratique kurde en France (CDKF) à l'origine du rassemblement, peu importe qui a commis cet attentat: Erodgan a sa part de responsabilité.

"Qu'il cesse immédiatement ses menaces"

"Dans ses meetings, il a un discours très agressif qui exhorte ses militants à attaquer. C'est un président de la République, il est censé être le président de tout un pays. Or, quand on voit son attitude, évidemment, on se pose des questions", déplore-t-elle. De son côté, Nursel Kilic, féministe kurde, appelle les dirigeants européens à se réveiller: "Je leur demande de faire pression sur Erdogan et son équipe, Erdogan et son palais afin qu'il cesse immédiatement toutes ses menaces à l'égard de la population civile et qu'il ouvre la porte à un dialogue".

"En décrétant des mesures de sécurité extraordinaires un peu partout dans le pays, les autorités peuvent inciter les gens à ne pas venir voter. Elles veulent dire qu'aller voter c'est dangereux", estime pour sa part Kerem Onen, représentant du HDP, le parti prokurde turc pour la démocratie des peuples. Aux dernières élections, le HDP a obtenu 13% des voix, fragilisant le parti d'Erdogan. C'est pourquoi, il a aujourd'hui peur que l'attentat d'Ankara ne déstabilise les élections du 1er novembre en Turquie: "Le but, je pense, est d'éloigner le peuple turc des urnes et de dire à la population: 'Laissez-nous faire, nous maîtrisons la situation'." En Turquie, la tension est à son maximum. Ce dimanche, l'armée turque a bombardé des cibles du parti kurde et deux gendarmes ont été tués par des rebelles.

M.R avec Anaïs Denet