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Attitude figée, barbe fournie, phrases choisies et propagande: RMC a assisté à la première audience de Salah Abdeslam à Bruxelles

Dans la petite salle d’audience, l'attitude de l'accusé a dérouté des victimes et des familles de victimes des attentats de Bruxelles et de Paris. Céline Martelet, pour RMC, a assisté à cette première journée de procès.

"Le silence est ma façon de me défendre, c’est mon droit". Salah Abdeslam a donc fini par s'exprimer lors de la première journée de son procès au tribunal correctionnel de Bruxelles, où il entendu pour une fusillade avec des policiers belges, lors de sa cavale après les attentats du 13 novembre 2015 à Paris. Quelques mots seulement, quelques phrases bien choisies pour faire passer son message politico-religieux.

Dans la toute petite salle d'audience de la 90ème chambre correctionnelle du tribunal de Bruxelles, Salah Abdeslam a passé la journée figé. Il n'a presque pas bougé. Assis sur le banc des prévenus, encadré par deux policiers des unités spéciales belges - deux hommes sur-entraînés, cagoules sur la tête, tourné vers l'accusé, regards fixes, scrutant le moindre geste, prêts à réagir. 

Autour de sa taille, une large ceinture en cuir où il est menotté

De Salah Abdeslam, on avait tous en tête cette photo, diffusée sur un avis de recherche diffusé après les attaques de Paris: l'image d'un homme plutôt frêle, cheveux courts. Après plus de deux ans de détention et à l'isolement, l'homme a changé. Plus costaud, barbe fournie, cheveux longs coiffés en arrière, il est arrivé avec une veste de costume grise un peu trop petite. Le dernier membre encore vivant des commandos du 13-Novembre porte autour de la taille une large ceinture en cuir où il est menotté dès que l'audience se suspend. Impossible pour après d'en décoller les bras. Pour l'accompagner jusqu'à la porte, un policier des unités spéciales le tient fermement par le col de sa veste. 

A peine installé sur le banc des prévenus, Abdeslam refuse de décliner son identité. Lorsque la présidente du tribunal lui demande de se lever, il répond: "Ce n'est pas que je ne veux pas me lever, mais je suis fatigué. Je n'ai pas bien dormi, j'ai été sorti de Fleury-Mérogis très tôt ce matin". Quand la juge lui demande pourquoi il est venu si c'est pour ne rien dire sur les faits qui lui sont reprochés, il lance alors: "Je suis venu parce que vous me l'avez demandé. Je garde le silence, c'est ma façon de me défendre, c’est mon droit. Ce silence ne fait pas de moi un criminel, je n'ai pas peur de vous. Je place ma confiance en Allah".

A aucun moment, son regard ne s'arrête sur la salle d'audience

Salah Abdeslam récite alors une propagande bien rodée, tout est maîtrisé, chaque phrase est choisie, chaque mot est contrôlé. Il parle d'une voix posée et se tait au bout d'une minute pour reprendre une seule et même posture: celle d'un homme assis, droit, mains sur les cuisses, le regard fixé devant lui. Il ne bouge que pour se retourner et dire quelques mots à son avocat. A aucun moment, son regard ne s'arrête sur la salle d'audience ou sur une personne pourtant à moins d'un mètre de lui. 

Ce procès ne durera finalement que deux jours: son interrogatoire n'a duré qu'une dizaine de minutes et celui de son co-accusé n'a pas été plus long. Sofian Ayari a lui aussi refusé de répondre à toutes les questions sur la logistique de la cellule terroriste qui a frappé l’Europe, sur les donneurs d’ordre. La procureure a alors requis à leur encontre vingt ans de prison, avec deux tiers de surêté. Le procès doit reprendre jeudi avec une plaidoirie très attendue de Sven Mary, l'avocat de Salah Abdeslam, qui a demandé un délai pour préparer sa plaidoirie et s'entretenir avec son client. Arrivera-t-il à le convaincre de parler? A la fin de la première audience, la présidente du tribunal a tendu une dernière perche au principal accusé, lui rappelant qu'il pouvait encore s'exprimer, jusqu'à la fin de son procès.

Céline Martelet et X.A