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Bombardements, sécurité des installations: quelle est la situation près de la centrale de Zaporijia?

La centrale nucléaire de Zaporijia en Ukraine aux mains des Russes depuis février, est la cible de bombardements dont les deux camps s'accusent. Une situation qui fait craindre un accident et une escalade du conflit. Les tentatives de conciliations internationales autour du site ne sont toujours pas parvenues à faire évoluer favorablement la situation.

La tension monte à Zaporijia, la centrale nucléaire du centre de l’Ukraine, la plus grande d'Europe sous contrôle russe. Mardi 16 août, Emmanuel Macron a appelé au retrait des forces russes de la centrale. Ce même jour l'opérateur des centrales nucléaires ukrainiennes Energoatom a dénoncé une cyberattaque russe. Depuis fin juillet, plusieurs frappes, dont les deux parties s'accusent mutuellement, ont visé le site, faisant craindre une catastrophe nucléaire. Et la communauté internationale s'inquiète de risques majeurs pour la région.

"Il est possible qu'il y ait une fuite radioactive. Si l'on tape sur la centrale nucléaire on peut avoir un probable accident", prévient ce mercredi sur RMC Emmanuelle Galichet, enseignante-chercheure en physique nucléaire au Conservatoire National des Arts et Métiers. "Mais aujourd'hui ce n'est pas du tout le cas", tempère-t-elle.

"La situation est stable mais il n'est pas possible qu'une centrale nucléaire soit sous le feu des armes. Le cadre légal international interdit pourtant toute problématique de guerre et d'arme autour d'une centrale nucléaire", prévient Emmanuelle Galichet.

Les mêmes capteurs de radioactivité qu'en France

Si la situation est tendue, le niveau de radioactivité autour de la centrale reste pour l'instant normal: "Le réseau de surveillance ukrainien fait partie du réseau européen, les capteurs sont de même qualité qu'en France. Aujourd'hui, on n'a absolument aucun rejet de radioactivité", assure l'enseignante-chercheur.

"Des missiles sont arrivés autour de la centrale nucléaire"

Sur le terrain, la tension est à son comble. Le gouvernement ukrainien a clairement dit vouloir reconquérir la centrale nucléaire de Zaporijia. En face, les forces russes ne comptent pas reculer: "Vladimir Poutine n'a rien à faire des accords internationaux et les autorités russes ont menacé de miner la centrale si elles venaient à se retirer", explique, Patrick Martin-Genier, spécialiste des questions européennes et internationales, enseignant à Sciences-Po et à l'Inalco qui évoque une situation "délicate".

"Des missiles sont arrivés autour de la centrale nucléaire. Un câble d'alimentation d'un réacteur aurait été arrêté et on sait que la station de pompage qui permet de refroidir les circuits de refroidissement a été interrompue et les capteurs de rayonnement ont été endommagés", alerte-t-il évoquant un "risque que l'on sous-estime"

Or, "le premier enjeu de sûreté c'est le refroidissement", rappelle Emmanuelle Galichet. "Il semble que le câble incriminé ait été réparé. Dans une centrale nucléaire, il y a plusieurs alimentations externes et si toute venaient à être coupée, chaque réacteur à 3 groupes électrogènes de secours", tempère-t-elle.

Les installations peuvent-elles résister à un missile?

Patrick Martin-Grenier estime pourtant qu'il y a "un risque majeur" autour de la centrale. Une situation qui a poussé le secrétaire général des Nations Unies Antonio Gutteres à se rendre en Ukraine. Il est attendu ce jeudi à Lviv dans l'ouest du pays où il doit rencontrer le président ukrainien Volodymyr Zelensky et le président turc Recep Tayyip Erdogan.

La centrale nucléaire est censée tenir face à d'éventuels bombardements. Construite dans les années 1985 et considérée comme assez jeune, elle possède une carapace de béton supposée être solide:

"À Zaporijia, il y a une enceinte de confinement en béton armé d'un mètre d'épaisseur puis une enveloppe métallique. Le cœur de réacteur est lui dans un puits de cuve avec une dalle en béton à nouveau par-dessus. Il y a beaucoup de barrières de défense avant d'atteindre le cœur. Je pense qu'il y a peu de probabilité qu'un missile endommage de manière forte le réacteur", assure Emmanuelle Galichet.

Prise par les Russes au mois de mars, les alentours de la centrale sont bombardés presque quotidiennement: "Les Russes bombardent, ils ne sont pas très regardants et sont approximatifs. En face, les Ukrainiens veulent à tout prix récupérer la centrale et toutes les forces russes à proximité sont des cibles. C'est pour ça qu'il y a un véritable risque", s'inquiète Patrick Martin-Grenier.

Le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi a annoncé son souhait d'envoyer une mission sur place "dans les meilleurs délais". Une proposition soutenue par Emmanuel Macron. De son côté la Russie a accusé les services de l'ONU d'avoir empêché la mission de l'AIEA. L'Ukraine s'y est de son côté opposée en considérant que cela légitimerait l'occupation russe du site aux yeux de la communauté internationale.

Guillaume Dussourt