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Colonisation: pourquoi la Belgique a restitué une dent en or au peuple congolais

La Belgique a présenté ses excuses à la République démocatrique du Congo ce lundi, via le Premier ministre Alexander De Croo. Parmi les actes qui ont accompagné ces exuses, la restitution d'une dent en or qui avait appartenu à Patrice Lumumba, le père de l'indépendance.

Les Belges ont solennellement présenté leurs excuses ce lundi pour la colonisation de l'Afrique et en particulier du Congo. La cérémonie solennelle a eu lieu dans un palais officiel de Bruxelles. En présence des premiers ministres belges et congolais, un petit coffret bleu a été remis à la famille de Patrice Lumumba, le père de l'indépendance de ce grand pays africain. Dans le petit coffret, une dent en or qui lui appartenait. Elle a aussitôt été placée dans un cercueil. Celui-ci est aujourd’hui présenté au public à l’ambassade de la République du Congo à Bruxelles, recouvert du drapeau congolais.

Ce mardi soir, il prend l’avion pour Kinshasa où sera reçu en grande pompe. Le pays a décrété trois jours de deuil national. Enfin, la semaine prochaine, la dent sera placée dans un mémorial où les Congolais pourront venir s'incliner.

L’histoire de cette dent, c’est avant tout l’histoire de son propriétaire, Patrice Lumumba, le père de l'indépendance du Congo. Premier Premier ministre du pays en 1960, il est soupçonné de vouloir chasser les militaires belges qui doivent rester dans le pays. Et pire, il est soupçonné de vouloir se rapprocher de l’URSS. Six mois seulement après son élection, il est renversé puis enlevé par des militaires congolais putschistes, avec des mercenaires belges et surtout la complicité active de la CIA américaine. Aussitôt, il est transféré vers la région sécessionniste du Katanga.

Là, il est remis aux indépendantistes locaux qui le torturent puis l’exécutent en présence d’officiers belges. Son corps est découpé en morceaux et dissous dans de l’acide pour être sûr que sa dépouille ne fera pas l’objet d’un culte. C’est raté parce que c’est exactement ce qui est en train de se passer 60 ans après.

Pourquoi ? Parce qu’un des gendarmes belges présents sur les lieux a voulu garder un souvenir et a volé une dent sur le cadavre. Et en 2016, cet imbécile s’en est vanté dans une interview. C’est le début de l’histoire. La dent a été saisie, puis on a imaginé la restituer à la famille. Et c’est ce qui a été fait lundi en grande pompe. La cérémonie était retransmise en direct à la télévision congolaise.

Excuses du roi Philippe en personne

Le gouvernement belge en a profité pour présenter ses excuses pour le meurtre de 1961 et, au-delà de ça, pour la colonisation de la fin du 19e siècle jusqu’à 1960. Une colonisation particulière puisque au départ, le Congo n'appartient pas à la Belgique, mais personnellement au roi des Belges Léopold qui avait fait de ce pays, grand comme quatre fois la France, sa propriété privée.

Et en son nom, des entreprises belges ont exploité l’incroyable richesse du sous-sol, l’or, le cuivre et les diamants, plus le bois et le caoutchouc. La colonisation belge a été particulièrement brutale. Les Congolais ont été réduits en esclavage, enfermés, déplacés, affamés, victimes d’épidémies. Les historiens évoquent le chiffre de 10 millions de morts. Certains n’hésitent pas à parler d’un génocide.

Lundi, en restituant la fameuse dent, le Premier ministre belge Alexander De Croo a utilisé le mot "excuse" qui était très attendu par les Congolais. “La colonisation, c'est un système pernicieux qui a terni honteusement l’histoire de notre pays”, a-t-il affirmé.

Philippe, le roi des Belges, a aussi présenté ses regrets. Il faut dire qu’il est assez concerné. C’est son arrière-grand-père Léopold II qui a asservi le Congo. Et c’est son oncle, le roi Baudouin, qui régnait au moment de l'indépendance. Il s'était rendu à Kinshasa à l'époque pour défendre l'œuvre civilisatrice de la Belgique.

La semaine dernière, Philippe a fait à son tour le voyage jusqu’au Congo et il a tenu un tout autre discours. Il a dénoncé “l’exploitation, le paternalisme, la discrimination et le racisme” de la période coloniale. Il a ensuite reçu la famille de Patrice Lumumba. La prochaine étape de cette vaste opération de repentance, c’est la restitution des dizaines de milliers d'œuvres d’art pillées par les Belges au Congo.

Nicolas Poincaré