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Coup d'Etat manqué en Turquie: "Ce qui s'est passé en Turquie est 100 fois plus grave que Charlie Hebdo"

Dans un entretien au Monde, le président turc Recep Tayyip Erdogan dénonce le manque de soutien des occidentaux après le coup d'Etat manqué en Turquie. Des propos appuyés mardi sur RMC par Hakki Akil, l'ambassadeur de Turquie en France.

Les occidentaux ont "laissé les Turcs seuls" lors de la tentative de coup d'Etat accuse dans Le Monde le président Recep Tayyip Erdogan. Le chef de l'Etat turc reproche à ses alliés européens et américains un manque de soutien alors que plus de 250 personnes sont mortes dans des affrontements. "Le monde entier avait réagi à l'attaque contre Charlie Hebdo", fait remarquer le président turc dans Le Monde. Une comparaison que défend également l'ambassadeur de Turquie en France Hakki Akil.

"Ce qui s'est passé en Turquie est 100 fois plus grave que Charlie Hebdo. Vous imaginez en France vos avions de combat qui attaquent l'hémicycle, qui attaquent les civils?", dénonce-t-il sur RMC rapportant "l'amertume" du peuple turc.

"Pendant que nous vivions ce drame, certains de nos alliés nous ont laissé seuls au lieu de soutenir cet héroïsme du peuple turc", poursuit l'ambassadeur. Une des raisons de la "froideur des occidentaux" analyse sur RMC Marc Semo, journaliste au Monde en charge des questions diplomatiques est "l'ampleur des purges" dans lesquelles des milliers de militaires, fonctionnaires, journalistes ont été arrêtés après la tentative de coup d'Etat. Le président turc évoque maintenant la possibilité de rétablir la peine de mort. Des méthodes que justifie Hakki Akil.

"Le président a dit si le peuple demande la peine de mort et que le parlement vote en faveur de la peine de mort, je ne vais pas m'y opposer. Pendant les périodes difficiles malheureusement, le peuple réagit un peu fort et les politiciens doivent répondre aux attentes de la population", estime le diplomate.

La peine de mort bientôt rétablie en Turquie? 

En parlant de peine de mort, le président turc entre "directement en collision avec l'Europe", note Marc Semo. "La peine de mort est le véritable marqueur des relations entre l'Union européenne et la Turquie. C'est avec l'abolition de la peine de mort en 2002 qu'a réellement commencé le processus. Ca veut dire la fin du processus, on interrompt les négociations pour l'intégration de la Turquie dans l'Union européenne", indique le journaliste. 

Un processus diplomatique qui est désormais devenu "un détail" pour l'ambassadeur de Turquie en France.

"Nous sommes revenus du bord du gouffre et vous me parlez de détails. Il faut comprendre l'amertume du peuple turc et le traumatisme, je l'ai vécu moi-même, j'ai vu des gens s'allonger devant les chars pour les arrêter et pour la plupart ils se sont fait écraser ou tuer", rapporte Hakki Akil.

L'accord sur les migrants au coeur des tensions

Pour l'ambassadeur, "certains alliés" de la Turquie ont par ailleurs "voulu transformer" la tentative de putsch en "une crise entre l'Union européenne et la Turquie pour des motifs de politique intérieure" avec au coeur du conflit l'accord entre l'UE et la Turquie sur les migrants.

Le président turc lui demande aux membres de l'Union européenne de "corriger leurs relations avec la Turquie" pour qui "la seule préoccupation" est de faire en sorte que les migrants ne parviennent pas à leurs frontières. "Nous avons accompli nos engagements, il n'y a plus de réfugiés qui prennent la mer", estime l'ambassadeur turc qui dénonce dans le même temps des lenteurs côté européen sur la libéralisation des visas en faveur des turcs. Ankara refuse toutefois d'assouplir sa loi sur le terrorisme, comme le prévoyait l'accord. Une mesure que ne peut pas se permettre le pays estime Hakki Akil. "Nous combattons Daesh et le PKK, imaginez si on venait demander à la France d'assouplir sa lutte contre le terrorisme pour un accord qui n'est pas vital", considère-t-il. Pour lui, exiger cette mesure revient à "se moquer de l'intelligence des gens". 

C. B