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Les bébés fantômes de Daesh: ces enfants nés de parents français en Irak et en Syrie

ENQUETE RMC\/BFMTV - D'après les renseignements français, une soixantaine de bébés sont nés de parents français en Irak et en Syrie sous Daesh. Des enfants fantômes dont on ne connaît pas le nombre exact et qui doivent être pris en charge à leur retour en France.

"Ma fille a eu un enfant en Syrie". Sans cette simple phrase, prononcée haut et fort par Valérie Deboisrolin, personne ne connaîtrait l'existence de ce petit-fils ou cette petite-fille née sous Daesh dans l'un des territoires que contrôle l'organisation terroriste. Comme le souligne la présidente de Syrie Prévention familles, "Si nous, en tant que parents, on ne dit pas 'voilà, ma fille a eu un enfant', personne ne pourrait être au courant que ces enfants sont nés."

Selon les derniers chiffres du ministère de l'Intérieur, 689 Français sont actuellement en Irak ou en Syrie dans des zones tenues par Daesh, dont près de 275 femmes et 17 mineurs combattants. 195 ont été tués sur place depuis 2012, un peu plus de 200 sont revenus.

150 familles françaises sous Daesh, au moins 60 enfants

Au total, on estime que 150 familles françaises vivent sous Daesh. Et parmi elles, beaucoup ont eu des enfants sur place. Ces bébés fantômes n'ont pas d'existence officielle. Sans papiers d'identité, ils sont enregistrés par le groupe terroriste, mais cette déclaration n'a pas de valeur légale.

A cause du flou qui entoure déjà leur courte vie, on ne connaît pas le nombre exact de ces enfants. Mais d'après les renseignements français, ils seraient une soixantaine. Voire beaucoup plus, car les Françaises parties s'installer en Irak ou en Syrie tombent en général rapidement enceintes.

"Aujourd’hui ces enfants n’existent pas, mais ça reste des enfants", déplore Valérie Deboisrolin, pour résumer le paradoxe de leur existence.

La nécessité d'une prise en charge

D'après les autorités, 30 de ces enfants sont revenus en France avec leur mère. Conscient du problème, le ministère de la Justice a émis en janvier une circulaire pour encadrer le retour de ces enfants, âgés de quelques semaines ou de trois ans.

Mais au-delà du cadre légal, la question d'une prise en charge sociale et psychologique de ces petites filles et petits garçons se pose aussi. A leur arrivée en France, beaucoup sont placés en famille d'accueil ou en pouponnière, pour les plus jeunes. 

"Si on ne fait rien, souligne le Docteur Duterte, spécialiste des enfants soldats, je crains qu’un jour un événement précis vienne chez eux créer une explosion. Par contre, repris correctement, leur psychisme malléable permet de les remettre en forme", souligne le praticien. 
C.V. avec Céline Martelet et Cécile Ollivier