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En Iran, où en est en la protestation contre le régime et le pouvoir religieux?

Depuis plusieurs mois, l'Iran est secoué par des manifestations. Et les opposants semblent avoir réussi à faire reculer le régime. En effet, ce week-end a été annoncée la suppression de la police des mœurs.

Le régime iranien semble reculer face aux manifestations qui secouent le pays depuis presque trois mois. La suppression de la fameuse police des mœurs a été annoncée par le procureur général du pays samedi. Elle n‘a pas été confirmé depuis, mais pas démenti non plus. Et le même procureur a aussi annoncé que le Parlement préparait une modification de la loi sur le voile. Cela ressemble effectivement à un vrai recul du régime des mollahs face à la révolution en cours. Parce que cette police des mœurs est devenue le symbole de l’oppression du pouvoir religieux.

C’est une force qui d’environ 70.000 hommes et femmes, que les Iraniens surnomment “les Corbeaux”. On l’appelle aussi la police de la moralité ou bien de son vrai nom, les “Patrouilles de la guidance islamique”.

Ces policiers sont chargés de faire respecter l’obligation pour les femmes de porter un voile islamique couvrant entièrement leurs cheveux. Mais ils font aussi respecter l’interdiction de porter des couleurs vives, des manteaux qui ne couvrent pas les genoux ou encore des jeans troués. Les hommes peuvent être verbalisés pour porter des bijoux, ou bien des pantalons trop courts. C’est encore cette police des mœurs qui fait appliquer l’interdiction pour les familles d’avoir un chien à la maison.

Cette force de police est à l’origine de la contestation actuelle. C’était effectivement des membres de la “Guidance islamique” qui avaient arrêté, le 13 septembre, la jeune Masha Amini qui était morte trois jours plus tard des coups reçus aux commissariats. Aussitôt, des milliers de femmes étaient descendus dans les rues en criant: “Femme, Vie, Liberté” et en osant s’afficher sans le voile. On a ainsi parlé de la première révolution féministe de l’histoire.

Ce qui est très frappant, c’est qu’il y a 40 ans, la question du voile avait déjà été centrale dans la révolution islamique. Le régime du Shah d’Iran, pro-occidental et dictatorial interdisait le port du Tchador. C’était quasiment le seul pays du monde à le faire avec la Turquie ultra-laïque de l’époque. Et en 1979, des centaines de milliers de femmes sont descendues dans la rue avec des voiles noires sur la tête pour revendiquer le droit de porter le tchador.

Finalement, le Shah, l’empereur Perse, est renversé. L'Ayatollah Khomeini est revenu de son exil en France, et à peine au pouvoir il a fait voter une loi, le 7 mars 1979 pour instaurer l’obligation de porter le voile.

Le voile, pas la seule revendication

Mais déjà à l’époque, les Iraniennes s’étaient révoltées. Passer d’un coup de l’interdiction du voile à l’obligation de le porter, ce n’était pas ce qu’elles voulaient. Les femmes avaient donc de nouveau manifesté contre les mollahs et ils avaient reculé. Dans un premier temps en tout cas. Ce n’est que quatre ans plus tard que l’obligation de porter le voile avait été instaurée. C'était alors le premier pays au monde à le faire. Partout ailleurs dans le monde musulman, le port du voile était une tradition, pas une obligation légale.

En 2006, le très conservateur président Ahmadinejad avait créé la police des mœurs pour faire absolument respecter cette obligation. Depuis 15 ans, des millions de femmes ont dû, au mieux, payer des amendes, souvent passer quelques heures à se faire réprimander dans les commissariats, parfois être emprisonnées. La loi prévoit jusqu'à un an de prison pour un voile mal porté.

C’est donc cette loi qui pourrait être abolie dans les 15 jours qui viennent. Le paradoxe, c’est que les manifestantes de 2022 auraient obtenu de ne plus porter le Tchador alors que leurs grands-mères, les manifestantes de 1979 s'étaient battues pour le droit de le porter.

Est-ce que ce recul du régime pourrait mettre un terme à la contestation ? On peut en douter, car la liberté de sortir tête nue était une des revendications mais pas la seule… La colère s'était cristallisée contre la police des mœurs, mais c’est en réalité le régime religieux qui est mis en cause. Dès les premiers jours de la contestation, les manifestants et les manifestants ont crié: “A bas le dictateur”, c'est-à-dire le guide suprême l'Ayatollah Khamenei. Tant qu’il sera là, la révolte devrait se poursuivre. Et en attendant, les Iraniens sont appelés à un grand mouvement de grève générale qui commence ce lundi.

Nicolas Poincaré