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"Expliquez-nous": pourquoi Donald Trump va-t-il manifester contre l'avortement?

Donald Trump va manifester ce vendredi à Washington. Il a annoncé jeudi sa participation à la marche contre l’avortement. Une première pour un président américain alors que le débat fait rage aux Etats Unis sur l’avortement.

Donald Trump a, comme il en l'habitude, lancé une polémique via les réseaux sociaux. Le président américain a annoncé par un tweet adressé aux organisateurs de la manifestation anti-avortement qu'il y a participerait en leur disant: "A vendredi ! La foule sera immense..."

Cette marche pour la vie a lieu tous les ans en janvier à Washington est c’est à chaque fois la plus grande manif de l’année avec entre 100 et 400.000 personnes. L’an dernier, Donald Trump s'était adressé par vidéo aux manifestants. Cette fois il sera là.

Il y a quelques années, quand il était promoteur immobilier et animateur télé, il était pour l’avortement. Mais il a changé d’avis en entrant en politique. Et récemment encore il a rappelé sa position. Il est profondément "Pro life", pro vie, c’est à dire contre l'interruption de grossesse, sauf en cas de viol, d’inceste ou de danger pour la vie de la mère.

Dans ses meetings de campagne, il en parle presque à chaque fois. Il dénonce ces médecins qui "exécutent des bébés", parfois en faisant le geste de quelqu’un qui coupe le cou à un bébé.

Le droit à l’avortement de plus en plus contesté aux USA depuis son élection

Les adversaires de l’avortement sentent qu’il peuvent gagner. L’IVG a été autorisé aux Etats Unis par un arrêt de la cours suprême en janvier 73. L'arrêt “Roe contre Wade”, très connu aux Etats-unis. Wade c'était le procureur de Dallas, et Roe, Jane Roe, c'était le pseudonyme d’une femme qui avait porté plainte au nom de toutes les femmes enceintes du Texas.

Elle réclamait le droit d'avorter au nom du respect de sa vie privée et elle avait gagné. Depuis 47 ans, interdire l’avortement est anti-constitutionnel. L'interruption de grossesse est autorisée sans condition jusqu’à 3 mois, et sous certaines conditions jusqu'à 6 mois.

Sauf que depuis son élection, Donald Trump a nommé deux nouveaux juges à la cour Suprême, qui sont tous les deux contre l’avortement et qui ont fait basculé la majorité.

Dans les états conservateurs du sud, avorter est devenu très difficile

Au printemps dernier, six états du sud ont donc voté des lois interdisant l’avortement. La plus sévère est celle de l’Alabama qui prévoit jusqu'à 99 ans de prison pour les médecins pratiquant une IVG. Une peine plus sévère que pour un violeur. Le Kentucky et le Mississippi ont interdit l’avortement après six semaines. La Louisiane aussi avec en plus des restrictions qui font qu’il n’y aura plus qu’un seul médecin dans une seul clinique autorisé à pratiquer.

Toutes ces lois ne sont pas encore appliquées pour le moment parce qu’elle sont anticonstitutionnelles, mais elles vont faire l'objet de recours devant la cour Suprême. Le premier dès le mois prochain. Et l’on s’attend à ce que la cour Suprême, avec sa nouvelle majorité conservatrice, rogne largement le droit à l’avortement. Recours après recours.

Déjà dans les états conservateurs du sud, avorter est devenu très difficile. Localement les Etats ont voté des lois pour imposer aux cliniques des normes absurdes et inapplicables, sur la largeur des couloirs, sur la taille de places de parking, sur la distance de l'école la plus proche. Et des milliers de cliniques ont dû fermer ou renoncer aux IVG. Sans parler du coût des opérations. C’est cher et pas remboursé. 

Sans parler des violences... Au moins une dizaine de médecins ont été assassinés depuis 20 ans pour avoir pratiqué l’avortement.

Donald Trump va donc manifester alors que son procès en Impeachment se poursuit devant le Sénat

Le Sénat qui se trouve à Washington juste au bout de l’immense pelouse ou vont se rassembler les manifestants. Le procès a commencé il y a trois jours. On est dans une phase préliminaire ou les sénateurs débattent de la question des témoins qu’ils entendront.

Pour l’instant il n’est toujours pas question que Donald Trump assiste à son procès, il sera défendu par des avocats. Alors pendant ce temps, il s’agite. Mardi à Davos il a tenu des propos très climato-sceptiques, mercredi en rentrant de suisse, il a battu son record de tweet dans l’avion. 142 tweets ou retweets en 24 heures.

Aujourd’hui, il manifeste avec la partie la plus conservatrice de son électorat. Et la campagne électorale ne fait que commencer.

Nicolas Poincaré